August Strindberg à l’usage des personnes pressées, Katarina & Henrik Lange

Aux côtés d’Ellen Key, Gustaf af Geijerstam, Oscar Levertin, les membres de l’Académie Suédoise – Carl David Wirsén en particulier, Oscar II Roi de Suède, les éditeurs, Verner von Heidenstam, le Polonais Przybyszewski, Henrik Ibsen et tous les propriétaires de chiens, August Strindberg aurait-il placé les époux Katarina et Henrik Lange, auteurs du petit ouvrage August Strindberg à l’usage des personnes pressées (Strindberg för dig som har brattom), dans le panier pourri de ses ennemis ? (et pardonnez-moi si j’ai omis de citer quelques cent cinquante autres noms ! Quant aux femmes, je pense qu’il les aimait « malgré tout » – je clos le chapitre de la misogynie pour les personnes pressées.).

Au cœur de l’année Strindberg 2012 célébrant le centenaire de sa disparition, plusieurs événements émergent ça et là : pièces de théâtre, documentaires, conférences, expositions viennent ponctuer cet hommage, ainsi que des publications en français en attendant les traductions à venir de livres événements parus en suédois (je pense notamment à la réédition de Strindberg Une Vie de Per Olov Enquist – qui vaut son pesant d’or lorsqu’on est pressé mais que l’on veut lire quelque chose de très bien) :

La vie n’est pas pour les amateurs – Strindberg interprété par des dessinateurs suédois / Livet är inget för amatörer – svenska serieskapare tolkar Strindberg. Par Malin Biller, Per Demerwall & Ola Skogäng, Anneli Furmark, Fabian Göranson, Joanna Hellgren, Loka Kanarp, Kolbeinn Karlsson, Henrik Lange, Knut Larsson, Matilda Ruta et Joanna Rubin Dranger. Textes de Josefin Svenske et Fredrik Strömberg en suédois, français et anglais. Traduction: Ophélie Alègre (français) et Hanna Strömberg (anglais).

Jardin des plantes : essai illustré publié la première fois en 1895, où Strindberg nous présente l’une de ses facettes parisiennes, à savoir la figure de l’amateur de botanique, l’alchimiste (pendant la crise d’Inferno) et le passionné d’ésotérisme (période Swedenborg). Illustrations de Antonio Marinoni, traduit du suédois par Sylvain Briens, Genève : Éditions Luca Notari, Collection BotanicArt.

Sur le théâtre intime. Essai, traduction de Terje Sinding (traducteur des pièces Mademoiselle Julie et Créanciers mises en scène par Christian Schiaretti au TNP de Villeurbanne en mars 2012). Textes de Strindberg, écrits lors de son engagement au Théâtre Intime de Stockholm entre 1907 et 1910. Éditions Circé, Paris. A paraître cette année.

Le tome 3 de la fameuse Correspondance de Strindberg aux éditions Zulma, traduction du suédois par Elena Balzamo. Ce troisième volume correspond aux dix-huit dernières années de la vie de l’auteur, de 1894 à 1912. A paraître en novembre 2012.

Et pour revenir à nos moutons, Strindberg à l’usage des personnes pressées par Henrik Lange et sa femme Katarina (traduit du suédois par Fanny Tornberg, Éditions Ça et là). Ce petit livre m’est apparu comme un objet bizarre. Je l’ai lu en espérant rire mais je n’y suis pas parvenue – pas une fois. Je dois être aussi drôle que le personnage en question… En même temps, la quatrième de couverture l’annonce : « (…) et, s’il voyait ce livre, il serait très certainement hors de lui… ». Hum, je pense tout simplement qu’il aurait gardé cet air blasé et légèrement idiot que lui ont donné ses auteurs sur la première de couverture. Je n’ai pas non plus compris à qui pouvait vraiment s’adresser cette BD. Le fan de Strindberg risque d’en ressortir interloqué, déçu – et la fameuse « personne pressée » dont il est question ici ne s’intéresse certainement pas à la véritable littérature, donc à Strindberg. Sauf si on prend en compte que la culture s’acquiert aujourd’hui en lisant des ouvrages récapitulatifs type « tout ce que vous devez connaître sur les 100 plus grands films de tous les temps » ou « les 1000 livres qu’il faut avoir lu dans sa vie ». Apparemment, c’est la spécialité de l’auteur Henrik Lange qui a déjà co-écrit  « 90 livres cultes à l’usage des personnes pressées » avec Thomas Wengelewski ainsi que, je vous laisse deviner, « 90 autres livres cultes à l’usage des personnes pressées » et bien évidemment « 90 films cultes à l’usage des personnes pressées ». Le principe : faire le tour d’une œuvre en 3 vignettes. Pour connaître les choses vite (mais pas bien). Ou pour rire un coup (mais même en le souhaitant ardemment, ça ne marche pas). Les références à Twilight, Reservoir Dogs, X-Files, Millenium, Da Vinci Code, Harry Potter et Samantha Fox (?) m’ont, par exemple, absolument gonflée. Les contextes historiques, qui eux aussi se veulent amusants, tombent comme un cheveu sur la soupe. Dans l’ensemble, je ne sais pas si cela est dû à l’original, à la traduction (par Fanny Tornberg) ou au style « enfantin », mais les quelques bribes de textes sont généralement mal écrites, lourdingues, répétitives et d’une maladresse évidente (oui j’avais envie d’insister) (ex : p 113 à propos de la pièce Charles XII « Il est bien fatigué et son peuple en a ras le bol des guerres, mais il part quand même encore une fois à la guerre… » ZZZZzzzzzzzz). Je n’avais pas compris que la « personne pressée » était aussi un abruti de première à qui l’on doit expliquer les choses « très simplement ».

Ne désespérons pas : « faire du Strindberg » drôle et intelligent de nos jours, c’est possible. Ça se remarque déjà sur scène, lorsque le texte est savamment traduit (exemple du travail de Terje Sinding) et révèle une nouvelle force contemporaine à l’humour noir dévastateur. En peinture, lorsqu’on pense par exemple au portrait de Strindberg par Marc-Edouard Nabe (ci-contre). En dessin d’animation, grâce à la célèbre série Strindberg & Helium (misery ! ci-dessous) produite par Killing my Lobster & Milky Elephant.com. Et en BD, aussi, sans doute, mais pas avec Henrik Lange.

6 réflexions sur “August Strindberg à l’usage des personnes pressées, Katarina & Henrik Lange

  1. Un excellent billet ma chère amie, que je trouve très bien écrit – comme à ton habitude ! Strindberg, qui connaissait le français, aurait aimé lire ça !

    Le mieux, concernant celles et ceux qui ne l’ont encore jamais lu, serait d’aller directement « à la source »… non pour s’y abreuver d’eau de vie ou d’absinthe, mais de faire le grand saut dans l’oeuvre : pour se rendre compte au moins qu’il y a un humour très subtil dans ses textes.

    Cela dit, je pense tout comme toi qu’il pourrait, plus encore qu’il ne l’apparaît, être une mine pour les caricaturistes. Physiquement, chez lui, tout prête à sourire : sa chevelure, sa moustache, son regard, ses habits… notamment quand il pose sous ses atours de vélocipédiste…

    La première de couverture de l’édition suédoise de ce « Strindberg à l’usage des personnes pressées » est à mes yeux plus réussie, plus amusante : l’illustrateur montre l’ami August fumant une cigarette avec un bidon (et une flaque) d’essence à ses pieds. Explosif ! Voilà qui le résume assez bien !😉

    Remarque, je songe à quelque chose… ce serait vraiment drôle si les deux auteurs de ce petit bouquin parvenaient à transmettre aux lecteurs français la passion de l’alchimie ou de l’absinthe qui animait Strindberg ! Ce serait original !😉

    • comme tu y vas toi !😀 et la passion de l’observation du lichen, des tâches sombres sur le sol et des rêves lubriques avec un succube, ça marcherait aussi tu crois ?🙂 sacré August… c’est dingue d’avoir été aussi casse-pieds toute sa vie et d’être autant apprécié aujourd’hui, comme un « ami » ! s’il savait !

  2. « Ça se remarque déjà sur scène, lorsque le texte est savamment traduit (exemple du travail de Terje Sinding) et révèle une nouvelle force contemporaine à l’humour noir dévastateur »

    Oh, que c’est gentil d’écrire ça !
    Terje.

  3. « Textes de Strindberg, écrits lors de son engagement au Théâtre Intime de Stockholm entre 1907 et 1910. Éditions Circé, Paris. A paraître cette année ».

    Les éditions Circé ont beaucoup de retard. Je viens seulement de recevoir les épreuves. Ça ne sera donc pas publié avant 2013.
    Terje

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