Ce qu’aimer veut dire – Mathieu Lindon

J’ai cette impression que Mathieu Lindon ne m’a pas laissée la possibilité d’entrer dans les pages de son dernier roman Ce qu’aimer veut dire. Il s’agit là pour moi d’un sentiment rare et forcément peu agréable. L’auteur m’a laissée à la porte de son roman pendant 311 pages, me faisant parfois espérer, au détour d’une phrase, que j’allai peut-être enfin parvenir à suivre le rythme de ses mots et apprécier la construction de ses phrases, à être apprivoisée par les thématiques qu’il aborde et peut-être surtout, à sentir sa vision de l’Amour, de l’Amitié, de « ce qu’aimer veut dire » ou encore, de ce que peut signifier « être un père » ou « être un fils (de) ». Finalement, je suis restée à la porte en observant par le trou de la serrure – et sans me délecter par ailleurs de ce rôle de « voyeur » : le contraire d’une pièce de Jean Tardieu en somme…

« Quelle que soit la valeur particulière de plusieurs protagonistes de mon histoire, c’est la même chose pour chacun dans toute civilisation : l’amour qu’un père fait peser sur son fils, le fils doit attendre que quelqu’un ait le pouvoir de le lui montrer autrement pour qu’il puisse enfin saisir en quoi il consistait. Il faut du temps pour comprendre ce qu’aimer veut dire. » (4e de couverture).

Mathieu Lindon

De manière très générale, Ce qu’aimer veut dire se pose comme un vibrant hommage de Mathieu Lindon à ses deux pères : le véritable père de sang, Jérôme Lindon, directeur des Éditions de Minuit de 1948 à sa mort ; et son père spirituel, Michel Foucault, son ami des dernières années de sa vie, jusqu’à ce que le sida en fasse sa victime en 1984, une première disparition, inaugurale de plusieurs autres dont celle d’un frère, un peu plus tard, Hervé Guibert, en 1991. D’ailleurs, Ce qu’aimer veut dire peut être lu, dans ce sens, comme une sorte de volet anachronique facilitant la lecture (et vice-versa) du roman de Guibert A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie (1990) – qui me laisse un souvenir de lecture plus fort car vécu pleinement, par l’appréciation d’une écriture parfois gênante, perturbante, mais LÀ et absolument palpable.

Hervé Guibert

« Pour moi, tout ce qui touchait à Hervé touchait en outre à Michel, parrain de notre relation dès avant son premier jour. Et naturellement que mon père avait du respect non seulement pour Michel mais pour le lien que je tissais avec lui et où il n’avait aucunement sa part, ainsi qu’il avait dû en ressentir pour le fait, auquel il avait contribué par sa réserve, que je reste ami d’Hervé après qu’ils se furent fâchés. J’avais construit mon trou où je pouvais vivre ma vie selon mes affections sans trahir personne. » (p284).

> …vous pouvez cliquer ici pour lire un article enthousiaste (et plus fouillé, je l’accorde) sur le même sujet, du côté des Carmadou !

Mathieu Lindon, Ce qu’aimer veut dire, POL, Paris, 2011.

3 réflexions sur “Ce qu’aimer veut dire – Mathieu Lindon

  1. ca c’est un roman que la presse dans sa globalité a encensé, mais il ne me disait rien car en effet j’avais peur de ne pas avoir toutes les clés pour l’appréhender… ton billet ne fait que confirmer cette impression :o)

  2. C’est vrai que nous ne sommes pas restés à la porte de ce livre, il fut pour nous un grand coup de cœur de l’année dernière…Il est toujours triste de ne pas voir cet enthousiasme partagé, mais nous comprenons vos arguments.
    Ce roman, il se situe au moment même où l’homosexualité est enfin dépénalisée en France suite à l’élection de François Mitterrand en mai 1981. Période exaltante pour une génération, véritable sentiment de liberté qui ne va durer que trois ans finalement, jusqu’à l’arrivée du Sida, qui crée une vraie panique parce qu’au début personne ne comprend ce qui se passe, les rumeurs nauséabondes circulent,c’est le retour en force de l’homophobie, des propos ignobles ont été écrits alors… ce livre est un parfait témoignage de cette courte période de trois années .
    84 est une année charnière, c’est l’arrivée du sida mais plus globalement c’est le virage de la rigueur économique, c’est la fin des illusions nées de l’élection de François Mitterrand en 1981. C’est la gueule de bois !
    Cette lecture nous a amené à découvrir l’œuvre de Willa Cather, une romancière américaine que Faulkner considérait comme un auteur majeur, il ne s’est pas trompé William! Mathieu Lindon en parle fort bien!
    Ce billet parait le jour même où nous allons nous lancer dans la lecture d’un roman de Adalbert Stifter dont il est aussi question dans ce récit, jolie coïncidence!

    • Oui en effet, peut-être qu’en étant de la fameuse « génération Y » dont on parle tant, je n’ai pas pu atteindre ce niveau de compréhension vis-à-vis de ce contexte historique et sociologique que vous citez là et qui est bien évidemment au cœur du roman…
      Par contre, pour rebondir sur ce que vous dites à propos de Stifter, j’avoue que le passage le concernant dans le roman de Lindon m’a aussi titillée !! Donc j’ai hâte de lire votre prochain billet le concernant !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s