La Colline aux coquelicots, Goro Miyazaki, 2012

La Colline aux coquelicots (Kokuriko-zaka kara) sorti dans nos salles le 11 janvier 2012 est le deuxième long-métrage de Goro Miyazaki (45 ans), fils du Maître de l’animation japonaise Hayao Miyazaki (71 ans). Après Les Contes de Terremer (2007), Goro propose cette fois-ci l’adaptation d’un manga publié dans les années 80, La Colline aux coquelicots, de Tetsurō Sayama et Chizuru Takahashi. L’histoire se passe en 1963 et se concentre sur le destin de deux jeunes lycéens : Umi, jeune adolescente en classe de première, qui vit dans une belle bâtisse occupée par une communauté de femmes, tout en haut d’une colline surplombant la mer (elle y hisse chaque matin des drapeaux en hommage à son père disparu en mer pendant la guerre de Corée) ; et Shun, séduisant lycéen de terminale responsable de la publication du journal du lycée dont il s’occupe dans une vieille demeure associative peuplée d’élèves passionnés, nommée « Le Quartier Latin ».

C’est donc la vie associative du lycée qui va rapprocher les deux jeunes gens : Umi, attirée par Shun, va proposer ses talents de rédactrice pour l’animation du journal et émettre un projet bientôt repris par l’ensemble des lycéens : rénover le fameux « Quartier Latin » dont l’avenir est malheureusement incertain (délabré, le foyer des jeunes doit être détruit selon la décision de la Direction du lycée). Même si le dessin animé donne la part belle à toutes les scènes de restauration du foyer et de la vie au lycée, ce sujet n’est qu’un tremplin pour aborder la question principale du récit : quelle est l’origine de ce lien si fort qui lie les deux adolescents ? C’est ce que le film d’animation nous dévoile délicatement à partir de sa seconde moitié.

Goro Miyazaki

D’un bout à l’autre on reconnaît là tout le travail des fameux Studios Ghibli (célébrés dans des détails du film – comme l’inscription « Ghibli » sur un paquebot à la fin du film). En digne héritier de son père, Goro Miyazaki offre là une œuvre riche en couleurs vives (les paysages sont de véritables peintures animées) ; la vie quotidienne des personnages est une fois de plus bien rendue (le petit déjeuner, les plans consacrés aux bols de riz, aux aliments, au thé, à la façon dont l’eau peut couler pour la préparation des repas, tous ces éléments qui rappellent le cinéma d’Ozu). La poésie est aussi au rendez-vous dans cette histoire d’amour, d’amitié et de filiation qui n’a finalement rien d’une bluette. La dimension sociale est elle-même bien représentée dans les scènes de revendications des élèves (qui sont comme une prémonition de la future révolution estudiantine japonaise à venir), l’inspiration parisienne en ce qui concerne la vie dans le foyer du « Quartier Latin » et les musiques ici présentes (dans lesquelles on reconnaît l’accordéon tellement « Titi parisien »). Goro est certainement moins vif que son père Hayao, moins exubérant, moins « fou » et téméraire (…il est peut-être encore un peu tôt pour en juger). En public français, nous sommes toutefois décontenancé par les chants folkloriques (encombrants) des élèves, qui peuvent alourdir le rythme de l’histoire. Ce sont des détails qui peuvent gêner dans la bonne réception de La Colline aux coquelicots et une certaine lenteur dans l’animation : il n’en reste pas moins un film touchant, laissant apparaître le talent de Goro Miyazaki qui devra trouver confirmation dans les prochains longs-métrages à venir…

9 réflexions sur “La Colline aux coquelicots, Goro Miyazaki, 2012

  1. Ces détails made in Japan ne m’ont pas trop gêné car ils sont vraiment typiques de leur art! (comme l’exagération des larmes! :-))

    • Justement, je ne parle pas ici des larmes auxquelles je suis habituée et qui ne me choquent pas (la scène de Chihiro lorsqu’elle mange les petits pains qui la font pleurer est culte !). Je voulais mettre le doigt ici, uniquement sur les détails liés aux caractères sociaux et éducatifs d’un Japon des années 60 – monde que nous petits français d’aujourd’hui avons du mal à interpréter (du moins je crois).

  2. J’avais quelques hésitations à cause de la bande-annonce mais tu me rassure le chat. J’aime beaucoup le travail du papa donc je me laisserais bien tenter. Je ne vais pas me laisser décourager par quelques chants folkloriques !😛

  3. J’ai beaucoup aimé le film, l’histoire, les couleurs, le dessin, la musique, même si, comme tu le dis, c’est moins « fou » voir onirique que peuvent être les œuvres du père.
    En tout cas, ça promet, c’est bien parti, et j’ai hâte de voir les prochains…🙂

  4. Quelle beauté, quelle noblesse, quelle profondeur des sentiments, quelle richesse des petits détails de la vie quotidienne au Japon… en compagnie de ma petite-fille j’ai passé un moment merveilleux, loin de Walt Disney
    et à dix mille lieues du Tintin de Spielberg qui m’avait fait honte. Les quelques longueurs n’enlèvent rien à l’immense plaisir esthétique.

    • Merci pour votre commentaire Livia… En effet, un très beau film dont on se souvient encore longtemps après. En effet, TRÈS loin du Tintin raté de Spielberg😦

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