Carnage de Roman Polanski (2011)

Le Dieu du Carnage a (encore) frappé Roman Polanski pour sa dernière réalisation, sortie en salles le 7 décembre 2011. Après The Ghostwriter (en 2010), Polanski nous propose avec Carnage une adaptation cinématographique de la pièce de théâtre de Yasmina Reza intitulée Le Dieu du Carnage (2007). 1h20 d’un huit-clos plaçant face-à-face deux couples de bourgeois New-Yorkais dans l’appartement des Longstreet (Penelope – Jodie Foster – et Michael – John C. Reilly), dont le fils de 11 ans a été frappé au visage par le pré-ado du second couple, les Cowan (Nancy – Kate Winslet – et Alan – Christoph Waltz).

Le problème principal de ce petit film se résume sans doute en une phrase : Roman Polanski n’est plus hanté. L’excellent réalisateur de Répulsion (1965), Le Bal des vampires (1967), Rosemary’s baby (1968) ou Le Locataire (1976) semble avoir réglé ses comptes (en prison ?) avec ses démons… Et l’idée de l’adaptation amplifie gravement l’absence du « personnage » Polanski au cœur de son nouveau film. Malgré le cynisme (grotesque) des personnages, Polanski n’est plus là et laisse une place béante à une situation creuse, répétitive, établie dans le conflit croissant entre les quatre adultes.

Ainsi, les réactions sont disproportionnées pour des personnages-marionnettes; les acteurs ont l’air de buter contre des répétitions de mises en scène, et le tout constitue un film bien mineur, à dix mille lieues de ce que pouvait par exemple proposer un Ingmar Bergman absolument Strindbergien dans Une passion (1969) ou De la vie des marionnettes (1980), en termes de guerre des sexes alimentée de logomachie (ou de logorrhée pour faire plaisir au personnage de Nancy Cowan joué par Kate Winslet) révélant les névroses, aussi bien celles des femmes que des hommes. Polanski semble avoir bien vieilli en se contentant d’adapter faiblement au lieu de créer en être habité.

17 réflexions sur “Carnage de Roman Polanski (2011)

  1. Je n’ai vu que la bande annonce est déjà, ça semble être le copié collé de Huit Clos de Sartre mais totalement raté. L’adaptation d’une pièce de théatre huit clos comme Les Combustibles de Nothomb aurait eu l’air plus intéressante à mon avis.

  2. ça va, l’attente n’a pas été trop longue! Merci pour ce point de vue. J’irai quand même le voir probablement et je te dirais en novice ce que j’en ai pensé.

  3. Bonsoir lechatmasqué ! C’est très gentil à toi de me citer dans ton commentaire🙂
    C’est amusant quand tu écris qu’il en a fini avec ses démons parce qu’en sortant de la séance, je pensais le contraire ! Je me suis dit que son incarcération et son placement en résidence surveillée l’avait traumatisé parce que j’ai vu un parallèle entre le huis clos, l’utilisation d’une seule pièce et le peu de mouvements avec sa propre expérience en prison. Même chose avec le va-et-vient dans le couloir qui m’ont fait penser aux marches dans les cours des prisons… De même qu’il reste obsédé avec l’impossibilité de changer nos existences car la dernière scène renvoie à celle de The Ghost Writer quand les feuilles du manuscrit s’envole : tout ça ne sert à rien.
    Ce n’est que mon avis et je comprends bien ton point de vue surtout concernant la mollesse de la mise en scène.

    N’empêche que je suis ravie d’avoir pu lire ton avis sur ton blog🙂
    Bonne soirée…

    • C’est intéressant ce que tu dis sur l’espace réduit à son paroxysme et les mouvements répétitifs qui rappellent le séjour de Polanski en prison. Finalement, on a pas mal de films qui semblent nous dire « tout ça ne sert à rien puisque tout se répète inlassablement » quand on pense aussi à la fin de Shame (le dernier regard de Brandon – Michael Fassbender – sur la femme du métro).

      • Bonjour,

        Je travaille pour Le Film français. Nous allons organiser en début d’année un événement autour du cinéma. Pour vous envoyer une invitation, nous aurions besoin de vos coordonnées.
        Vous pouvez me joindre à l’adresse indiquée dans les renseignements.

        Cordialement, Florent.

  4. pas vraiment d’accord avec une de tes phrases, la prison n’a pas forcément tari l’inspiration et la force créatrice de polanski puisque son film précédent tourné aprés ses ennuis judiciaires, the ghost writer est selon moi le meilleur jamais tourné par son auteur…
    celui ci en revanche me aprait effectivement plus faible, ne serait ce que parce qu’un huis clos donne rarement lieu à des chefs d’oeuvre, à part peut etre le Limier de Mankiewicz…

    • OUi je comprends, mais justement, j’ai un petit problème avec The Ghostwriter : la 1ère heure, je l’avais trouvée démente, vraiment ! et puis ensuite, j’ai trouvé qu’il s’embourbait et que le film était en + trop long. Je pense cependant que je devrai le revoir… Quant au Limier (Sleuth), en effet je ne connais pas mieux.

  5. Très bon article et je te rejoins sur plusieurs points.🙂
    J’ai quand même eu du mal à retrouver Polanski et je trouve que ce huis clos n’est pas réussi. Je ne sais pas si ça vient de la mise en scène mais le tout parait bien trop invraisemblable, ça ne tient pas. La névrose des personnages est mal encadrée, mal gérée, je n’irai pas jusqu’à dire que c’est brouillon mais presque.

    Bon ça se regarde bien sûr mais bon, bof.

  6. Pingback: Trois comédies françaises en mai 2012 : La Cerise sur le gâteau, Le Prénom, Sea no sex and sun | le-chat-masqué

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