Asterios Polyp de David Mazzucchelli, Casterman

Ce « roman graphique » – car, apparemment, on ne doit plus dire « BD » :-/… – j’en ai beaucoup entendu parler : sur France Culture & France info, dans des magazines, etc. Asterios Polyp, par l’auteur de bandes dessinées américain David Mazzucchelli, me faisait de nombreux signes. Je n’ai pas pu résister à sa belle couverture, son grand format (je ne peux pas vous dire le nombre de pages puisqu’il n’est pas indiqué), bref, un bel ouvrage cartonné, en papier recyclé, imprimé par Casterman… en Chine ! ><

Quelle est l’histoire de ce personnage au nom si compliqué, faisant penser à un astéroïde (ou une météorite, autre corps solide qu’on retrouve dans la BD) ? Asterios est un éminent professeur d’architecture ou, en d’autres termes, un architecte « de papier » : ses réalisations dessinées sont reconnues dans le monde entier mais aucune de ses œuvres n’a jamais été édifiée. On découvre ici l’histoire d’un homme très « conceptuel » séparé de son ex-épouse Anna (d’origine japonaise, artiste plasticienne d’une sensibilité exacerbée). Un soir d’orage, la foudre provoque un incendie dans son immeuble : Asterios s’enfuit, emportant seulement son porte-feuille contenant quelques dollars, son briquet, sa montre et son couteau suisse. Un métro new-yorkais, une gare routière, un bus et le voici arrivé dans un de ces Etats américains vides, coupés du monde : l’architecte se fait alors mécanicien automobile et est accueilli dans le foyer de son patron.

L’histoire est donc très (trop ?) mince… Le voyage d’Asterios se résume plutôt à la quête de son propre « moi », un « moi » double car notre héros est constamment suivi d’une ombre – son frère jumeau décédé à sa naissance. Le récit est ainsi truffé de flash backs, qui reviennent sur l’enfance d’Asterios, sa rencontre avec Anna et leurs différends liés à leurs conceptions du monde et de l’art, si diamétralement opposées. La quête de sa nouvelle personnalité – éloignée de son caractère passé d’être snob, intolérant, cartésien et moqueur – se réalise surtout de manière onirique. David Mazzucchelli offre par exemple, dans de très belles planches, sa propre vision du mythe des androgynes dans le Banquet de Platon et celui d’Orphée et d’Eurydice aux enfers, en l’adaptant aux consciences de ses personnages.

L’histoire de ce quinquagénaire qui part à la recherche d’une personnalité neuve en exerçant sur lui sa propre psychanalyse est émouvante et extrêmement bien construite du point de vue de la narration. La personnalité de chaque personnage est signifiée par une typographie différente dans les bulles et des expressions caractéristiques. Quant à leurs émotions, elles sont très bien rendues par des couleurs et des styles graphiques révélateurs de leurs psychés : le rouge pour Anna, fragile et sensible, représentée par des coups de crayons rapprochés et torturés ; le bleu pour Asterios, méthodique, géométrique et observateur.

Cependant, ces performances graphique et narrative doivent-elles faire de ce « roman graphique » un chef-d’œuvre comme on nous le présente dans les différents médias cités précédemment ? Je n’en suis pas si sûre. Car il manque malgré tout quelque chose à Asterios Polyp, une force dans l’histoire qui tente de se révéler mais n’y parvient pas tout à fait.

> Pour comprendre le travail graphique de David Mazzucchelli :

6 réflexions sur “Asterios Polyp de David Mazzucchelli, Casterman

  1. Eh bien, j’avoue que je n’avais jamais entendu parlé ni de ce « roman graphique » ni de son auteur… Il faudrait que je sorte de ma tanière de temps en temps !
    Je ne suis pas vraiment tentée, à cause du graphisme justement !🙂
    Maintenant on dit roman graphique tout comme on dit Film d’animation pour un dessin animé, c’est moins enfantin. C’est du snobisme, c’est tout😉

  2. Rien n’est plus ridicule que ce vocable , « roman graphique ». Ils m’ont toujours fait marrer ces théoriciens et professeurs d’architecture : pas fichus, j’en suis certain, de construire une cabane en bois dans les arbres !!!!

  3. Pingback: Rimbaud ou l’Achab du désert | le-chat-masqué

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