Rétrospective Hitchcock : Rebecca (1940)

Rebecca, premier film américain d’Alfred Hitchcock (1940) est l’adaptation du roman éponyme de Daphné du Maurier (L’Auberge de la Jamaïque, Ma cousine Rachel).

A Monte-Carlo, une jeune femme (Joan Fontaine) est la dame de compagnie de Mrs Edyth Van Hopper (Florence Bates), une grosse dame gloutonne, grossière mais haut placée. Au cœur de l’hôtel Côte d’Azur, elles font la connaissance d’un célèbre Lord anglais, le riche et veuf Maxime de Winter (Laurence Olivier). La demoiselle de compagnie reconnaît en lui l’homme suicidaire aperçu un peu plus tôt sur les falaises. Finalement, malgré sa timidité et son appartenance à un autre monde, elle s’attache à cet homme rude, distant, qui dissimule un lourd secret autour de la mort de sa femme Rebecca. Quant à Maxime,  il tombe sous le charme de cet oisillon fragile joué par Joan Fontaine, et lui propose de devenir la nouvelle Mrs de Winter. Les jeunes époux convolent vers la fameuse propriété des De Winter : Manderley.

Malgré tous ses efforts, la jeune épouse est gauche, timide et ne parvient pas à trouver sa place dans cette gigantesque demeure. Comment s’adapter à cette vie de château (hanté), s’accommoder de tous ces domestiques, et surtout de la terrifiante gouvernante Mrs Danvers (Judith Anderson) ? Car cette dernière veille à ce que la nouvelle Mrs de Winter ne puisse jamais remplacer Rebecca, ni dans son coeur, ni dans celui de Maxime de Winter (ou encore celui de Jack Favell, cousin de Rebecca, joué par cette fripouille de George Sanders).

Rebecca est un très beau film : l’histoire d’amour la plus pesante s’avère être une affreuse supercherie. Quant à celle qui nous paraît impossible, elle est montrée à l’écran avec une sincérité désarmante grâce à l’interprétation de Joan Fontaine et Laurence Olivier. Hitchcock fait d’une maison et d’une morte deux des plus importants ‘personnages’ de son film, qui ravivent la folie, l’imprudence et les angoisses des vivants. Judith Anderson est une parfaite Mrs Danvers, glaçante et sexuellement ambiguë. J’aime particulièrement la scène de la chambre de Rebecca avec ses rideaux qui volent au vent, faisant des jeux de lumière sur les visages des deux actrices grâce au reflet de la lune. Et la scène du bar dans lequel se rejoignent le couple, le meilleur ami de Maxime, le colonel qui fait son enquête sur la mort de Rebecca et le fameux cousin joué par George Sanders. On retrouve ici des ambiances de procès, souvent réussies au cinéma. Voici la bande annonce de l’époque qui, malheureusement, occulte l’aspect froid et angoissant du film…

9 réflexions sur “Rétrospective Hitchcock : Rebecca (1940)

  1. J’ai découvert ce film grâce à la rétrospective et je l’ai trouvé excellent. Tous les personnages sont parfaits dans leur rôle. Judith Anderson est vraiment extraordinaire en Ms Danvers, glaciale et glaçante, elle donne froid dans le dos.
    La scène dans la chambre de Rebecca est vraiment réussie c’est clair. Personnellement j’ai aussi adoré le passage où les deux époux regarde les vidéos de leur voyage de noce, l’ambiance et les effets de lumières, notamment sur le visage de Maxim de Winter, sont sensationnels.
    Ce film se classe maintenant dans mes préférés de Hitchcock.

    • Oui j’avais aussi lu ton article sur Rebecca🙂
      La scène dont tu parles est très belle en effet (lorsqu’ils regardent leur film de voyage de noce) car Hitchcock réussit à faire de Maxime un être intouchable vis-à-vis de la jeune Mrs de Winter (Joan Fontaine). C’est l’un de ses grands coups de maîtres que d’en faire un homme fou amoureux à partir de la seconde moitié du film !

  2. Dans le Hitchcock écrit par Eric Rohmer et Claude chabrol en 1957 il est écrit ceci:
    « Avec Rebecca, l' »hitchcock touch » qui était auparavant simple trait, devient vision du monde. La spontanéité se soumet à un système. C’est le moment critique pour un artiste: il s’agit de ne pas tomber dans le tic, la manie démonstratrice. Mais Hitchcok évitera ces pièges. Dés ici, les deux pôles de son œuvre future – car c’est bien d’une œuvre qu’on peut parler dés maintenant – apparaissent clairement. L’un est fascination,captation morale, c’est à dire dépersonnalisation, schisme; en terme psychiatrique: schizophrénie; en terme philosophique: amoralisme; en termes baudelairiens: postulation vers le bas, damnation. L’autre pôle est son contraire: connaissance ou plus exactement re-connaissance de soi,unité de l’être, acceptation, aveu, communion absolue. L’héroïne de Rebecca explique: « Mon père peignait toujours la même fleur: il estimait que, lorsqu’il a trouvé son sujet, le désir de l’artiste est de ne plus peindre que lui. » Et de fait, l’œuvre de notre artiste ne s’écartera plus désormais de sa ligne.

  3. Pingback: Rétrospective Hitchcock, Notorious/Les Enchaînés 1946 « le-chat-masqué

  4. Cher Chat masqué, merci pour cette critique, ce film est fabuleux et le bouquin de Du Maurier plus formidable encore… L’as tu lu ? Si non, je te le conseille vivement !

    • Merci chère Elise ! oui j’ai aussi lu le roman de Daphné du Maurier, magnifique… Connais-tu « Peter Ibbetson » de George du Maurier, le grand-père de Daphné ? Un roman très curieux (disponible chez l’imaginaire Gallimard).

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