‘Another Year’, de Mike Leigh

Voir Another Year du réalisateur anglais Mike Leigh la veille du passage en 2011, ça ne peut pas laisser indifférent.
Pourquoi ai-je vu ce film ? Parce que les affiches colorées de l’illustrateur et bédéiste Le Floc’h ont particulièrement attiré mon attention ; j’avais aussi un excellent souvenir de Secrets & mensonges (Secrets & Lies) sorti en 1996.

Selon un découpage en tableaux saisonniers (Printemps, Été, Automne, Hiver – je ne vous apprends rien), Mike Leigh nous donne à voir l’histoire centrale d’un mariage ‘parfait’ qui unit Tom à Gerri (^^), tous deux âgés d’une soixantaine d’années. Cet ingénieur géologue et cette conseillère en psychologie forment un pivot autour duquel se meuvent, par contraste, plusieurs personnages solitaires (amis et famille) : Mary (la collègue de travail de Gerri, secrétaire médical, célibataire, hyper nerveuse, alcoolique et qui attend toujours le prince charmant), Ken (un anglais obèse, célibataire et alcoolique – oui, encore), Tanya (une autre collègue de Gerri, qui donne naissance à un petit garçon dont ne connaît pas le père), Jack (un ami de la famille, dont la femme est malade), Joe (le fils du couple Tom & Gerri, célibataire au début du film, il trouve cependant l’âme sœur), Ronnie (le frère de Tom, qui devient veuf), Carl (le fils de Ronnie) etc.

Au fil des saisons, on suit le rapport établi entre tous ces personnages liés à une base unique, celle du couple exemplaire qui résiste au temps qui passe (alors qu’autour d’eux, les consciences s’effritent et les dépressions liées aux addictions et à la solitude sont malheureusement monnaies courantes). Le petit Eden qu’est le potager de Tom et Gerri symbolise bien ici leur présence constante face au temps qui passe (qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige dans tous les sens du terme). Eux deux restent là, à contempler ce qui se passe en buvant une bonne tasse de thé bouillant. Finalement, je ne sais toujours pas qui sont Tom & Gerri.

Car, s’ils forment le sujet principal, le réalisateur creuse beaucoup plus les psychés des personnages secondaires : je pense surtout à ce qui est révélé dans les tableaux très forts ‘Automne’ et ‘Hiver’, à propos de Mary et Ronnie. Il y a beaucoup d’amertume et de douleur dans leurs portraits, ce qui est renforcé (selon moi) par l’attitude stoïque du couple. Leur bonheur fait tout simplement trop mal aux être esseulés qui les entourent. ‘Ce sont des gens heureux‘ comme disait si bien William Sheller.

6 réflexions sur “‘Another Year’, de Mike Leigh

  1. Pas étonnant que cette affiche me fasse penser au Smoking/No smoking d’Alain Resnais si elle est de le Floc’h. Mike Leigh est un cinéaste que j’ai rarement croisé, j’ai juste vu Naked que j’avais trouvé moyen… j’essaierai peut-être celui ci alors

  2. Ca y est, je l’ai enfin vu!! Mais je suis ressortie un peu amère, je trouve que c’est un film très cruel!!! Le couple, aaaah… j’avais envie de les secouer à la fin! Comme tu dis, ils restent stoïques et je trouve qu’ils sont un peu des bons samaritains pour se donner bonne conscience, mais, dès que Mary fait un (petit) faux pas, hop, on l’abandonne!! Un peu hypocrite ce couple, alors que finalement, ce n’est qu’une histoire de chance et de rencontre. Brrr il était vraiment cruel, ce film (sous ses allures bien pensantes)!

    • Oui le plan final autour de la table est incroyablement « cruel’, je reprends ton bon mot. Après les blablablas du couple et du fils, la caméra arrive sur elle, après un tour de table, pour nous prouver à quel point elle est seule, murée dans un silence terrible malgré les commentaires des autres sur les voyages, la famille, etc. Je trouve aussi Gerri très rigide pour une conseillère psychologique : cet intitulé n’est qu’un métier pour elle, un métier comme un autre, car pour son entourage – par exemple, son amie Mary ou Ronnie – elle n’est d’aucun secours. Au contraire, elle montre à quel point le fossé est immense entre sa petite vie bien rangée, sage et sûre et celle des êtres malmenés par la dépression, la solitude, les addictions.
      Plus je repense à ce film, plus il me touche.

  3. C’est exactement ça ! ce film c’est la chanson de William Sheller en images : il y a tant de douceur, tant de gentillesse, tant d’accord serein, d’aboutissement mais également, de colère enfouie, d’amertume, de mal être que leur confrontation m’a quelque peu décontenancée : j’ai moi aussi trouvé ça cruel de la part du couple de ne pas agir pour leurs amis… sauf lorsqu’ils commencent à bousculer leur tranquillité : la discussion entre Gerry et Mary dans la cuisine avant le fameux diner final aurait dû venir bien avant, non ? A quoi ça sert de recevoir ses amis malheureux si tu fais comme si de rien était ?(quoiqu’avec leur ami Ken, y’a une petite tentative du couple… maladroite mais à noter). Et c’est peut être ce que Mike Leigh a voulu nous faire réaliser. Nous ne sommes en effet pas responsable du malheur de nos proches mais on peut agir pour qu’ils en prennent conscience et qu’ils se prennent en main. Le bonheur ce n’est pas contagieux ; ça s’inspire et se construit. Ah ! rien n’est simple… Mais y’a de l’espoir quand même !

  4. Pingback: La Dame de fer (The Iron Lady) de Phyllida Lloyd avec Meryl Streep (2012) | le-chat-masqué

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