Péché mortel / Leave her to heaven, John M. Stahl (1945)

Leave her to heaven : Chronique d’une folie annoncée

J’ai regardé l’autre soir Péché mortel – Leave her to heaven (1945) du réalisateur américain John M. Stahl, avec la magnifique Gene Tierney qui interprète le rôle glaçant d’Helen Berent.

Dès le début du film, on devine que cette femme cache un secret qui fait froid dans le dos. L’amour fou qu’elle porte encore à son père décédé, son indépendance vis-à-vis de sa mère et de sa cousine (jouée par la belle Jeanne Crain qui lui ressemble beaucoup), son esprit revanchard, sa volonté d’être la meilleure dans tous les domaines (équitation, natation, etc.) sont autant d’éléments qui pèsent sur la psyché de notre héroïne.

Elle rencontre dans un train un écrivain, Richard Harland (interprété par Cornel Wilde, un peu trop fade à mon goût). Déjà fiancée à l’avocat Russell Quinton (Vincent Price), elle quitte pourtant ce dernier en vouant un amour sans bornes pour le fameux écrivaillon. Rupture et nouvelles fiançailles se décident en une seule et même soirée.

Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que leur vie à deux soit bouleversée par l’arrivée du jeune frère paralysé de Richard, Danny, qui intègre leur foyer. Les deux frères ont plaisir à se retrouver et Helen pousse Danny à faire d’incroyables progrès physiques (le garçon parvient à marcher au prix de multiples efforts). Le temps est venu pour eux de rejoindre un ‘havre de paix’, une maison sur un lac surnommée ‘Derrière la lune’.

Rapidement, Helen révèle de premiers symptômes d’hystérie. La voici littéralement rongée par de violents sentiments de possession envers son mari. Elle ne supporte plus ni leur entourage, ni le travail de son époux qui l’éloigne d’elle lorsqu’il écrit. Et surtout, elle n’admet plus l’omniprésence du jeune Danny. La femme ‘fatale’ devient dangereuse ; et plus encore, elle nous glace dès lors qu’elle se retrouve sur une barque avec Danny, au beau milieu du lac en forme de lune. Ce n’est là que le début d’une descente aux enfers dans laquelle elle entraîne tout son entourage.

Gene Tierney incarne ici parfaitement une femme aux deux visages et propose l’une de ses plus belles prestations. Leave her to heaven est un film tristement prémonitoire pour Tierney, surnommée ‘la folle d’Hollywood’ dans les années 50 après avoir été internée plusieurs fois en ayant subi des électrochocs en asile psychiatrique.
Personnellement, j’ai très envie de lire son autobiographie :
Mademoiselle, vous devriez faire du cinéma (Ramsay Poche).

8 réflexions sur “Péché mortel / Leave her to heaven, John M. Stahl (1945)

  1. ça a l’air super bien, c’est le genre de film que j’aime. les personnages et les situations rappellent beaucoup les films d’Hitchcock (que j’adore).

    Juste pour info, Gene Tierney n’est pas la mère de Maura Tierney (Abby dans Urgences) hey hey!

    • Oui, c’est un peu le même genre de suspens en effet… Il y a aussi Possessed avec Joan Crawford dans le même genre d’histoire (1947) (sur l’obsession, la folie d’une femme pour un homme).

  2. De ce rôle Gene Tierney a dit: « Plus qu’aucun autre des rôles qui furent confiés, celui-ci compte beaucoup pour moi en tant que femme. Ellen était jalouse sur le mode triste et destructeur. Je crois que la jalousie est le pire de tous les défauts parce qu’il transforme les deux parties en victimes. Malgré un traitement en finesse, dans le livre comme dans le film, Ellen était, sans l’ombre d’un doute, folle. Elle se croyait normale et s’employait à en convaincre ses amis. La plupart des personnes souffrant de troubles psychologiques passent par une phase analogue qui s’apparente au moment où l’alcoolique cache ses bouteilles » (In self portrait,Gene Tierney et Mickey Herskowitz).

    C’est vrai que ce film noir, le premier du genre il me semble à avoir été tourné en couleur, est remarquable. La scène de la barque est particulièrement effrayante…je ne savais pas qu’il était distribué en dvd, une excellente nouvelle!

    • Merci Carmadou, pour ce commentaire très instructif. Tu as certainement lu son autobiographie alors…
      Oui, le film a aussi reçu l’oscar de la meilleure photographie en 1946. L’image est magnifique et la scène de la barque un immense moment d’angoisse. Alors bon achat pour ce DVD😉

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