Le Premier Amour, Sandor Márai (1928)

Le Premier amour ou les Tourments du jeune Madár

Premier roman du romancier hongrois Sandor Márai (1900-1989), Le Premier Amour (Bebi, vagy az elsö szerelem) se présente comme le journal intime d’un professeur quinquagénaire qui enseigne le latin à des bacheliers. Celui-ci retrouve un vieux cahier de confessions et décide de le compléter lors d’une cure dans une station thermale à Virágfüred. Ainsi, la première partie du roman fait état des pensées d’un solitaire hypocondriaque, qui retrouve un peu de vie en rencontrant un autre être esseulé, un dénommé Timár. Leur conversation nocturne empreinte d’alcool et de fièvre – retranscrite par le Professeur dans son cahier – aborde les thèmes de la maladie, du temps qui passe et des amours perdus.

De retour en ville à la fin de l’été, le Professeur découvre sa nouvelle classe d’étudiants, mixte, comprenant 6 élèves filles. À partir de ce moment là, on ressent chez lui une fêlure supplémentaire. Il est d’emblée mal à l’aise avec ses nouveaux élèves. Surtout vis-à-vis du jeune Madár, adolescent boutonneux, ingrat mais excellent élève. Il a d’abord pitié de lui, de sa pauvreté et lui offre un manteau neuf pour l’hiver. Mais au cours de l’une de ses promenades, le Professeur découvre que cet élève entretient une relation avec l’une de ses camarades de classe, la jeune Cserey. L’esprit fatigué et nerveux du Professeur subit soudainement une sorte de scission, un traumatisme : qu’importe le prix à payer, il doit connaître la profondeur des sentiments qui unit les deux jeunes gens. Sa névrose est alors à son comble ; ses comportements sont de plus en plus excentriques voire sadiques. Ses symptômes de paranoïa se transforment en folie.

Dès la seconde partie du roman, j’ai rapproché l’histoire de cet étrange trio de personnages au film Tourments (Hets) du suédois Alf Sjöberg (1944). Considéré comme le premier film d’Ingmar Bergman (alors scénariste, assistant réalisateur auprès de Sjöberg et surtout créateur de l’histoire, inspirée de l’une de ses nouvelles écrites après ses années de lycée), Tourments traduit une ambiance pesante similaire. On retrouve un peu le couple Madár-Cserey sous les traits des jeunes adultes Widgren et Bertha, harcelés par le professeur ‘Caligula’ (Stig Järrel) qui fait étrangement penser au professeur du roman de Márai.

Autre rapprochement : l’auteur du Premier Amour se serait-il inspiré de La Mort à Venise de Thomas Mann (1912) ? Un passage m’y fait penser, lorsque le Professeur amoureux de la jeune Cserey choisi soudainement de porter un nouveau costume, de se rendre chaque matin chez le barbier et que ce dernier lui propose de lui teindre les cheveux ou de lui masser le visage pour faire disparaître ses rides. Comment ne pas reconnaître ici le personnage de Thomas Mann, l’écrivain Gustav Von Aschenbach, désirant une nouvelle jeunesse pour se rapprocher de l’ange blond Tadzio? Les deux hommes sont en quête d’une jeunesse révolue, d’un amour égaré et sombrent doucement mais sûrement dans la folie par l’intermédiaire de l’introspection.

11 réflexions sur “Le Premier Amour, Sandor Márai (1928)

  1. Vous parlez très bien de Sandor Maraï plutôt bien édité en ce moment, il faut donc en profiter! Ce qui est étonnant c’est de voir combien ce professeur est perturbé par la découverte des classes mixtes.
    Je considère que cette mixité qui est parfois remise en cause par certains, est une avancée majeure du XX eme, car elle est la garantie pour les femmes d’avoir la même éducation que les hommes, ce n’est pas rien!

      • J’ai lu « métamorphoses d’un mariage » , « les braises » mais il faudrait que j’aille y remettre mon nez pour en parelr en détail! Juste que ce fut toujours un bonheur de lire.

        J’ai « mémoires de de Hongrie » qui est en attente…

  2. C adonne trop envie de le lire! Tu m’avais dit que ca ressemblait à Zweig, effectivement ca m’en a tout l’air… et La Mort à venise, je suis tt a fait d’accord! C’est ce à quoi j’ai pensé en lisant tes premieres lignes…😉

  3. Et ca me fait penser à un autre livre, le prof qui veut savoir ce qu’il se passe entre deux eleves..mais je n’arrive pas à retrouver de quel livre il s’agit!

    • Et oui, je vois ça, les idées fusent ma chère !!!😉 merci pour tous ces commentaires pleins de bonnes idées et de références…

  4. Ce rapprochement avec ces deux oeuvres est intéressant (je n’ai ni lu le roman de Thomas Mann, ni vu le film de Bergman en question, mais un jour sûrement). A tout hasard, je signale qu’un challenge sur l’Europe centrale est en cours ce mois-ci, les amateurs sont bienvenus…

  5. En effet ce roman a de fortes chances de me plaire et conviendra parfaitement à mon challenge « Cartable et Tableau Noir ».

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