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Le ‘Batman’ de Tim Burton (1989) a-t-il vieilli ?

On se méfie souvent des films des années 80′s… des clips, de la mode, des coiffures, et des morceaux de musique aussi ! Autant dire que je craignais un peu de revoir le premier film Batman réalisé par Tim Burton en 1989. Finalement, ce film a-t-il réussi à traverser l’épreuve du temps (et des fameuses années 80′s si… hum… indéfinissables !) ?

Première bonne surprise : la musique composée par Danny Elfman, compositeur fétiche de Tim Burton, car la BOF n’a pas pris une ride. Elle nous transporte toujours autant au cœur de la sombre ville de Gotham City. Second bon point : le travail de Burton sur ses plans, pensés et conçus comme de véritables vignettes tout droit sorties du comics original de Bob Kane. Et malgré des éléments eighties comme quelques lumières-néons ou de la fumée sortant des bouches d’égouts comme dans les clips ringards de cette époque, l’esthétique de l’ensemble ne déconcerte pas. Quant au rythme du film, il est toujours aussi vif et captivant.

Que penser de ce film et de ses personnages à l’époque de la saga repensée par le réalisateur britannique Christopher Nolan (Batman Begins – 2005, The Dark Knight – 2008, et prochainement The Dark Knight Rises en 2012) ?

Personnellement, je reste bluffée par le jeu de Jack Nicholson en Jocker aux multiples facettes : aussi diabolique que drôle, aussi cynique que charmeur (ce qui n’est pas le cas du Jocker interprété par Heath Ledger en 2008 – tant porté aux nues -, qui verse surtout dans le Jocker sombre et torturé). De même, Michael Keaton est à mon avis un Batman/Bruce Wayne plus accessible que celui joué par Christian Bale depuis 2005, plus humain aussi – il n’a pas la grosse voix de super héros de ce dernier et c’est tant mieux ! Quant à Kim Basinger, elle est une belle héroïne un brin cliché dont la blondeur rappelle celle de Madeleine/Judy (Kim Novak) dans ce plan de l’escalier “à la Vertigo“, lorsque Jocker l’entraîne tout en haut du clocher dans l’une des dernières scènes du film : un beau clin d’oeil à Hitchcock.

Vingt-deux ans plus tard, il y a certes ce plan où Jocker carbonise un collègue de Carl Grissom (Jack Palance) en lui serrant la main qui me semble décalé et grossier en vue de l’évolution des effets spéciaux. Côté bande originale, on ajoute les morceaux composés par Prince qui font peut-être datés, mais ils s’accordent si bien au style et à l’humour de Jocker qu’on oublie leur aspect “Purple Rain”.

N’en reste pas moins que le premier film Batman de Tim Burton (qui précède Batman ReturnsBatman Le Défi sorti en 1992) est aujourd’hui encore un excellent film fantastique !

Rétrospective Hitchcock : Vertigo-Sueurs Froides 1958

Il y a parfois des séances ciné qui commencent mal. Comme lorsqu’on va voir un chef d’œuvre sans trouver personne pour nous accompagner (Oh, Chat Masqué, fais-nous pleurer dans les chaumières…). Mais heureusement, le hasard fait parfois bien les choses pour un chat superstitieux. A l’Institut Lumière de Lyon, les (confortables) fauteuils portent l’inscription d’un nom de réalisateur célèbre. Et lorsqu’on se rend à la rétrospective Hitchcock pour voir Vertigo, l’âme en peine, un miracle peut arriver : c’est ce qui s’est passé pour moi lorsque j’ai choisi par hasard le fauteuil portant la plaque Hitchcock. Oui, ce fut sans doute là le signe avant-coureur d’une séance ‘mystique’…

En deux temps, trois mouvements, me voici replongé dans l’immense Vertigo. Une bouche, un nez, l’oeil d’une femme sous un filtre rouge, un tourbillon sur son iris et le prélude de Bernard Herrmann fait immédiatement résonner l’angoisse, le suspens et le vertige par ses notes tournoyantes, rappelant l’acrophobie de Scottie (James Stewart).

Dès la première minute, on sent que ce film est a-normal, vertigineux et hypnotisant. Hitchcock place sa scène sur les toits de San Francisco où l’on voit Scottie, précédé d’un policier, poursuivre un malfaiteur très agile. Notre héros loupe une corniche, glisse sur un toit de tuiles. Le policier qui fait demi-tour et vient à la rescousse chute dans le vide alors qu’il tente d’attraper la main de Scottie.
Son corps tombe et s’écrase violemment au sol : notre héros a désormais la phobie de la hauteur.

Scottie convalescent et jeune retraité de la police trouve refuge chez son ex-fiancée Midge (Barbara Bel Geddes), styliste de dessous féminins, intello binoclarde charmante. Il est curieusement contacté par un ami de jeunesse, Galvin Elster, qui lui demande de suivre sa femme Madeleine (Kim Novak) qui se comporte étrangement depuis quelque temps : selon lui, elle est envoûtée par la mort d’une aïeule, Carlotta Valdès.
Scottie passe donc son temps à suivre cette belle femme blonde et mystérieuse. Ses pérégrinations suspectes l’entraîne jusque dans un cimetière, devant la tombe de Carlotta Valdès, dans un hôtel irlandais, un musée (devant le tableau représentant Carlotta), dans une église espagnole et sous le Golden Gate Bridge, où il voit Madeleine se jeter à l’eau et la sauve de la noyade. Scottie est à présent convaincu de la véracité des dires de son ami et du caractère suicidaire de Madeleine.

Il se rapproche d’elle en lui avouant qu’il doit la protéger. Puisqu’il lui a sauvé la vie, ils sont liés l’un à l’autre. On oublie le mari inquiet et on assiste à la force d’un amour passionnel, peut-être l’un des plus beaux du 7e art. Mais Madeleine est malgré tout complètement possédée par le destin qu’elle s’inflige à elle-même : elle doit mourir comme le veut Carlotta qui vit en elle. Ils retournent dans l’église espagnole et soudain, Madeleine s’enfuit pour gravir les escaliers de bois en colimaçon du clocher. Scottie, pris de panique, subit une nouvelle crise d’acrophobie et ne peut la poursuivre. Un cri, un corps qui tombe : Madeleine s’est jetée du haut du clocher.

Et là, vous vous dîtes sûrement (si vous n’avez pas vu le film) : pas malin le chat, il nous a tout raconté… Pas avec Sir Alfred, le maître du suspens (et des gros coups de bluff). Car ici commence un second film. Scottie tombe dans une apathie totale et devient dépressif. Midge a beau faire, Scottie est toujours fou amoureux d’une morte. Quelques mois plus tard et toujours à l’affût de souvenirs le ramenant à Madeleine, il découvre son sosie sur le trottoir d’en face : une femme brune aux cheveux ondulés, portant une robe verte, lui ressemble étrangement. Scottie la suit, finit par faire sa connaissance et très vite, la jeune femme (Judy) devine que cet homme recherche en elle la femme disparue qu’il aime encore. Hitchcock transforme notre héros en Pygmalion, qui désire à tout prix faire porter à Judy les mêmes vêtements que Madeleine, lui changer la couleur de ses cheveux, sa coiffure, son maquillage, etc. Après ces transformations, Judy est Madeleine et Scottie redevient amoureux. Je ne dévoile pas certains éléments précis qui annoncent un renversement de situation pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui n’auraient pas encore vu ce chef d’oeuvre. En résumé, tout ce que je peux dire ici est que Scottie va réaliser à quel point il est victime d’une sombre machination (à plusieurs épaisseurs, ce qui renforce la richesse et la complexité du film, vertigineux).

Vertigo ce sont ces spirales hallucinantes et colorées dans lesquelles tombe le personnage de James Stewart tout au long du film ; ces scènes de cauchemar qui introduisent des éléments d’animation (le bouquet de Carlotta qui perd ses pétales formant des rubans emportant encore plus Scottie vers la folie et l’obsession, ces flashs bleus, violets, rouges lorsqu’il rêve qu’il marche dans le cimetière et le thème de Carlotta tonitruant et hispanisant de Bernard Herrmann) ; le chignon et la moue boudeuse de Kim Novak ; son superbe profil ;  la maladresse touchante de Barbara Bel Geddes ; la couleur du ciel de San Francisco ; les scènes toutes cotonneuses et irréelles du cimetière et des poursuites en voiture ; le foulard noir de Madeleine qui vole au vent lorsqu’elle dépose une lettre d’excuse et de remerciements dans la boîte aux lettres de Scottie ; la scène troublante filmée dans la forêt des séquoias géants ; la frénésie de Scottie lorsqu’il tente de transformer Judy ; la détresse de cette dernière lorsqu’elle espère que Scottie puisse l’aimer autant qu’il aime la disparue ; son apparition fantomatique lorsqu’elle sort de la salle de bain après s’être coiffée de la même manière que Madeleine…
Tous ces éléments (et bien d’autres) font de Vertigo/Sueurs Froides un film fou, complet et magique, saisissant complètement le spectateur dès les premières secondes, peut-être comme aucun autre générique de film n’a su le faire. Le film le plus envoûtant que je connaisse.

‘Un balcon sur la mer’, de Nicole Garcia

Avec Un balcon sur la mer au titre on ne peut plus Gracquien, Nicole Garcia joue à Hitchcock : Marie-Josée Croze est la Kim Novak de la réalisatrice de l’Adversaire (2002) et Selon Charlie (2006). Jean Dujardin, un nouveau James Stewart ? En théorie… car Vertigo (Sueurs froides) ne peut être égalé. Cependant, Nicole Garcia pousse le vice jusqu’à apparaître dans une scène, comme le faisait Sir Alfred (lorsque Cathy patiente, observée par un type louche, dans le salon de réception de l’hôtel à la fin du film).

Marc (Jean Dujardin) est agent immobilier dans le sud de la France. Il est marié à Clotilde (Sandrine Kiberlain) et a une fille de 11 ans surnommée Manouche. Lors de la vente d’une bastide, il croit reconnaître en sa cliente son amour d’enfance, Cathy, qu’il aimait en Algérie lorsqu’il avait 12 ans (à la fin de la guerre d’indépendance). Ils se retrouvent passionnément mais la jeune femme le quitte après une nuit d’amour, sans laisser d’adresse ou de téléphone. Il la revoit le jour de la signature mais ne peut pas l’aborder personnellement (il a pour collaborateur son beau-père… discrétion oblige). Il lui donne simplement rendez-vous une heure plus tard dans une chambre d’hôtel. A son arrivée, la belle a déjà disparu. Marc a cependant de plus en plus de soupçons à son sujet : qui est-elle vraiment ? Elle connaît tout de leur vie passée en Algérie, lorsqu’ils étaient de jeunes voisins amoureux. Mais cette femme cache un secret. Sur fond de magouilles liées aux affaires de ventes d’immobilier, Marc va enfin découvrir la véritable identité de Cathy.

Marie-Josée Croze incarne une nouvelle fois le personnage de la femme fatale et énigmatique (je pense à Ne le dis à personne de G. Canet). Le duo qu’elle forme avec Jean Dujardin fonctionne bien, mais la sauce est plutôt longue à prendre (ce qui peut-être explicable par l’enchevêtrement des flash back et des scènes où Marc recherche Cathy). J’ai aimé le travail de photographie des premiers plans sur ces images d’Algérie, avec une lumière particulière pour un rendu esthétique (Nicole Garcia, native d’Oran, nous livre ici un film autobiographique). Mais il manque vraiment un je-ne-sais-quoi de charme, de grâce et de mystère pour refaire Vertigo.