Archives du Tag: Rétrospective Hitchcock

Double rétrospective Louis Malle/Stanley Kubrick à l’Institut Lumière de Lyon

La Rétrospective Hitchcock touche à sa fin et nous connaissons désormais la nouvelle programmation de l’Institut Lumière de Lyon : du 5 avril au 5 juin, ce n’est pas une mais deux rétrospectives qui nous sont proposées : Louis Malle et Stanley Kubrick.
Pour vous mettre l’eau à la bouche, voici la liste des films projetés :

Rétrospective Louis Malle (1932-1995) :

Ascenseur pour l’échafaud (1957)
Les Amants (1958)
Zazie dans le métro (1960)
Vie privée (1961)
Le Feu follet (1963)
Viva Maria ! (1965)
Le Voleur (1967)
Le Souffle au cœur (1971)
Lacombe Lucien (1974)
Black Moon (1975)
Atlantic City (1980)
Mon dîner avec André (1981)
Au revoir les enfants (1987)
Milou en mai (1989)
Fatale (1992)
Vanya, 42e rue (1994)
et ses documentaires : Le Monde du silence (1955), Calcutta (1968), L’Inde fantôme (1968), Humain, trop humain (1972), Place de la République (1972), Le Pays de Dieu (1986).

Rétrospective Stanley Kubrick (1928-1999) :

Le Baiser du tueur (1955)
L’Ultime razzia (1956)
Les Sentiers de la gloire (1957)
Spartacus (1960)
Lolita (1962)
Docteur Folamour (1964)
2001, l’Odyssée de l’espace (1968)
Orange mécanique (1971)
Barry Lyndon (1975)
Shining (1980) version internationale et version longue inédite en France
Full Metal Jacket (1987)
Eyes Wide Shut (1999)

A noter, le 3 mai : soirée spéciale en présence de Michel Ciment (critique de cinéma et spécialiste de Kubrick) : 19h30, conférence sur le cinéma de Kubrick ; 21h, Lolita.

> Retrouvez toute la programmation sur le site de l’Institut Lumière

L’Ombre d’un doute, Hitchcock, 1943

Pas gentil, l’Oncle Charlie

A mi-parcours de la Rétrospective Alfred Hitchcock proposée par l’Institut Lumière à Lyon, j’aborde le cas du long métrage américain sorti en 1943 : L’Ombre d’un doute (Shadow of a doubt).

Traqué, observé par deux inconnus, l’oncle Charlie Oakley (Joseph Cotten) fuit New York et vient trouver refuge au sein du foyer de sa soeur Emma, mariée et mère de trois enfants dont la jeune Charlie (Teresa Wright). Cette dernière voue une admiration sans borne pour son oncle (portant le même nom que lui) et ressent un attachement particulier vis-à-vis de lui. Mais très vite, la nouvelle vie de famille de tout ce petit monde en Californie est perturbée par l’arrivée des deux hommes recherchant Oakley. Se faisant d’abord passer pour des sondeurs et photographes chargés d’étudier la vie d’une famille américaine moyenne, ils vont peu à peu semer le doute dans l’esprit de la jeune Charlie. L’un d’entre eux lui explique alors au cours d’un flirt qu’ils sont détectives et qu’ils recherchent le meurtrier de trois “veuves joyeuses” très riches.
Charlie est obsédée par cette histoire et commence à entrevoir la face cachée de cet oncle tant aimé, devenu cynique et mystérieux.

On lit souvent qu’il s’agit là du film qu’Hitchcock préférait dans sa propre filmographie. Le réalisateur met une fois de plus en scène sa phobie des policiers (les deux hommes mystérieux), sa fascination pour les multiples façons de tuer ou de se tuer (à plusieurs reprises, le père de famille s’amuse avec son voisin à imaginer la plus belle manière de supprimer quelqu’un), son fétichisme et son intérêt porté aux superstitions mis en valeur par des gros plans (le chapeau lancé sur le lit, le morceau du journal déchiré par l’oncle, la bague en émeraude gravée aux initiales T.S., la marche de l’escalier brisée, la clé de la voiture, les nombreux verres, etc.).

En terme de caméo, je n’ai pas su le remarquer si ce n’est à travers une photographie publiée sur l’une des pages du journal déchiré : j’ai cru y reconnaître Joan Fontaine et Laurence Olivier, le couple de Rebecca, son film de 1940.

Shadow of a doubt est un grand Hitchcock grâce à la psychologie de ses personnages, très élaborée. Le spectateur s’attache très rapidement à cette petite famille américaine, où chaque membre présente un caractère bien trempé. Les dialogues participent à cette fine élaboration des psychés qui se complètent parfaitement et le film relève le défi de toucher à toutes les tonalités : l’angoisse, le suspens, l’ironie, le cynisme, la nostalgie, etc. Quant au couple formé par les deux Charlie – homme et femme – il forme un diptyque ou une sorte d’être androgyne à double facette, comme l’on retrouve dans le Banquet de Platon.

Un plan m’a particulièrement marqué : celui où le visage de Joseph Cotten filmé de très près se retourne doucement vers la caméra, son regard tombant directement dans le nôtre. Ce regard me semble être le même que celui créé par Ingmar Bergman dans son film Monika (Sommaren med Monika) sorti en 1953. Tout comme le personnage de l’oncle meurtrier interprété par Cotten, Monika (Harriet Andersson) fixe le spectateur droit dans les yeux, lui lançant peut-être ainsi le défi de la juger.

Le Crime était presque parfait, Hitchcock 1954

Rétrospective Hitchcock, Le Crime était presque parfait

Quel cabotin ce Alfred ! Le ‘maître du suspens’ a encore frappé hier soir à l’Institut Lumière de Lyon lors de la projection en copie neuve de Dial M. for Murder avec Grace Kelly, Ray Milland et Robert Cummings. Malheureusement, pas de 3D pour ce film qui avait pourtant été tourné pour ça (relief stéréoscopique et projection en lumière polarisée avec lunettes). Mais j’ai tout de même ‘senti’ l’effet 3 Dimensions par rapport à certains objets filmés en premier plan comme les accoudoirs du fauteuil près de la cheminée dans l’appartement du couple Tony-Margot Wendice ou encore le bord du bureau qui tient, avec l’objet fétiche de Sir Alfred – la clé, l’un des ‘rôles’ principaux du film.

Une fois n’est pas coutume, on a affaire à un film fétichiste avec des objets-personnages comme les deux clés de la porte d’entrée de l’appartement du couple, le sac à main de Margot contenant une petite pochette violette pour ranger sa clé, les bas féminins, l’imperméable, la fameuse paire de ciseaux, la lettre, etc.
Fétichisme doublé de cabotinage pour cette histoire de meurtre prémédité : Tony Wendice (Ray Milland) demande à une vieille connaissance (Swann, joué par Anthony Dawson) de supprimer sa femme Margot (Grace Kelly) tout en respectant scrupuleusement son plan machiavélique. En effet, il a découvert que Margot avait un amant (Mark, joué par Robert Cummings) et redoute le jour où elle partira avec sa fortune personnelle, le laissant seul et surtout désargenté.

Quasiment à huis-clos, le film est surtout une performance technique de plus dans la filmographie du réalisateur. Loin d’être un chef d’oeuvre, Dial M. for Murder est un bon film, dans lequel le réalisateur taquine sans cesse le spectateur. Une expérimentation de plus pour Hitchcock, malgré un côté un peu terne, quelques faux raccords, la théâtralité de l’ensemble et l’absence de la musique de Bernard Herrmann.

Ce que j’ai particulièrement apprécié dans ce film, ce sont justement ses côtés :
‘on en rajoute une couche et pourtant, le spectateur suit toujours’.
Je pense sincèrement que ce film n’est pas à prendre au sérieux. Le caméo dans lequel Alfred Hitchcock se place au coeur d’une photographie de vieux copains d’école en est certainement l’annonce. L’ironie constante du personnage joué par Ray Milland, l’aspect artificiel de la femme fatale au foyer jouée par Grace Kelly ou encore l’humour de l’inspecteur Hubbard (l’excellent John Williams habitué des réalisations de Hitchcock) sont d’autres éléments qui renforcent l’aspect comique ou grand-guignol.