Le dernier Eastwood, J.Edgar, sorti dans nos salles le 11 janvier 2012, est un film étrange et finalement déstabilisant. Un long-métrage bien plus réussi que les deux derniers (Au-Delà en 2011 et Invictus en 2010), se rapprochant par sa temporalité de l’Échange (2008) mais ne parvenant pas à recréer le choc de Gran Torino (2009).
Clint Eastwood s’attaque cette fois-ci au Biopic en proposant son traitement cinématographique d’un personnage hors du commun de l’histoire des États-Unis : J. Edgar Hoover, directeur du FBI (Federal Bureau of Investigation) durant 48 ans (de 1924 à sa mort en 1972), ayant servi sous huit présidents de Coolidge à Nixon. Pour l’interpréter, Eastwood a fait confiance à Leonardo DiCaprio qui relève parfaitement le défi de se mettre dans la peau de cette personnalité complexe qui traverse les âges, les situations politiques et les modes de communication des médias. A la fois proche et éloigné du Howard Hugues de Scorcese, DiCaprio incarne une figure moins mythique, plus réelle et corporelle (son aspect est ici pesant, suintant, physiquement présent à tous les âges du personnage – les maquillages qui le métamorphosent sont bluffants).
Pendant 2h15, le film s’attache à proposer un portrait de cette figure américaine perturbante en se focalisant surtout sur les rapports sociaux (s’il en est) de Hoover. Avec ses collègues (ou vassaux), sa secrétaire émérite Helen Gandy (Naomi Watts), son second, confident et amant Clyde Tolson (Armie Hammer), les hommes politiques des époques qu’il traverse, les forces de l’ordre, les femmes, et peut-être surtout sa mère Anne-Marie Hoover, figure hitchcockienne tout droit sortie de Psychose, interprétée par Judi Dench. Eastwood réussit à offrir une vision très large du personnage et de son non-évolution grâce aux épisodes racontés et un montage impressionnant (les personnages vieillissent alors entre deux plans-ellipses en passant une porte, en prenant l’ascenseur, le tout dans une rigueur et une verticalité aussi strictes que le personnage principal). Quant à l’image, elle souffre malheureusement du traitement numérique qui crée un grain trop apparent à l’écran. Les couleurs ne sont jamais franches, la photographie tente de jouer sur des ombres et des teintes grises ou verdâtres.
C’est donc surtout la persona de Hoover qui titille le plus Eastwood : un égo empêtré dans des mécanismes rugueux et fermés, parfaitement symbolisé par le “masque” que porte DiCaprio durant tout le film. Un masque qui vieillit, certes, mais beaucoup moins que ceux des autres personnages importants comme la secrétaire Helen Gandy ou l’amant de Hoover Clyde Tolson (qui pour le coup porte un masque beaucoup trop apparent et presque grotesque pour les scènes de vieillesse). Les vingt dernières minutes du film sont malheureusement trop longues et on a le sentiment qu’Eastwood se perd dans des plans beaucoup trop pesants et romantiques faisant penser à Sur la route de Madison (1995). La vieillesse et la volonté de s’accrocher coûte que coûte sont ici les thèmes les plus travaillés par notre cher réalisateur de 82 ans.






