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AIR : Assises Internationales du Roman, aux Subsistances de Lyon du 28 mai au 3 juin 2012

Les Subsistances de Lyon accueillent, du 28 mai au 3 juin 2012, la 6e édition des Assises Internationales du Roman conçues et réalisées par Le Monde et La Villa Gillet. Le thème de cette année ? “Penser pour mieux rêver”. Les Assises Internationales du Roman aux Subsistances (8 bis, quai Saint-Vincent dans le 1er arrondissement de Lyon) représentent un rendez-vous inespéré pour tous les lecteurs passionnés de littérature mondiale et l’occasion de rencontrer leurs auteurs préférés, de les écouter au moment des tables-rondes avant de les suivre pour des séances de dédicaces.

Programme des tables-rondes

Ouverture des Assises – La question de la vérité
Lundi 28 mai, 18h30
Catherine Millet (Fr), Jour de souffrance
Camille Laurens (Fr), Romance nerveuse
Lydia Flem (Belgique), La Reine Alice

Corruption et violence politique
Lundi 28 mai, 20h30
Juan Gabriel Vásquez (Colombie), Les Amants de la Toussaint
Emmanuel Dongala (Congo/US), Photo de groupe au bord du fleuve
Alaa El Aswany (Egypte), Chroniques de la révolution égyptienne
Christophe Boltanski (Fr), Minerais de sang, les esclaves du monde moderne

La peur est-elle le fruit de notre imagination ?
Mardi 29 mai, 19h
Tomi Ungerer (Fr), Trois Brigands, Otto
Boris Cyrulnik (Fr), Nourritures affectives

Le crime
Mardi 29 mai, 21h
Roger J. Ellory (RU), Les Anges de New York
Morgan Sportès (Fr), Tout, tout de suite
Giancarlo de Cataldo (Italie), Les Traîtres
Kate Colquhoun (Irlande), Le Chapeau de Mr Briggs

Même pas peur ! (littérature jeunesse)
Mercredi 30 mai
Tomi Ungerer & Boris Cyrulnik
Jean-Claude Mourlevat (Fr), La Rivière à l’envers
Erik L’Homme (Fr), A comme Association
Timothée de Fombelle (Fr), Vango
Hedwige Pasquet (Fr), Présidente des Ed. Gallimard Jeunesse

Dialogue d’écrivains
Mercredi 30 mai, 19h
Pierre Pachet (Fr), Sans amour
Péter Nádas (Hongrie), Histoires parallèles

 La fabrique de la mémoire
Mercredi 30 mai, 21h
Bernard Comment (Suisse), Tout passe
Francisco Goldman (US), Dire son nom
Hubert Klimko (Pologne), Les Toutes Premières Choses
Caroline Eliacheff (Fr), Puis-je vous appeler Sigmund ?

 Les marginaux / les exclus
Jeudi 31 mai, 19h
Nick Flynn (US), Comptes à rebours
Zakhar Prilepine (Russie), Des chaussures pleines de vodka chaude
Charles Robinson (Fr), Dans les cités
Mansour El Souwaim (Soudan), Souvenirs d’un enfant des rues

L’argent, le pouvoir, les privilèges
Jeudi 31 mai, 21h
Jonathan Dee (US), Les Privilèges
Eric Reinhardt (Fr), Le Système Victoria
Thierry Pech (Fr), Le Temps des riches – Anatomie d’une secession

Donner la parole aux autres
Vendredi 1er juin, 19h30
Luis Sepúlveda (Chili), Dernières nouvelles du Sud
Jean Hatzfeld (Fr), Où en est la nuit ?
Frederick Wiseman (US), Crazy Horse

Habiter
Samedi 2 juin, 14h
Paul Andreu (Fr), La Maison
Marie Depussé (Fr), La Nuit tombe quand elle veut
Helen Oyeyemi (RU), Le Blanc va aux sorcières

Lecture de Peter Pan de James Matthew Barrie
par Hippolyte Girardot
Samedi 2 juin, 16h30

La guerre et ses représentations
Samedi 2 juin, 18h30
Jean-Paul Mari (Fr), Sans blessures apparentes
Enquête sur les damnés de la guerre
Alexis Jenni (Fr), L’Art français de la guerre
Javier Cercas (Espagne), Anatomie d’un instant

Où sont les femmes ?
Samedi 2 juin, 20h30
Laure Adler (Fr), Manifeste féministe
Zoyâ Pirzâd (Iran), C’est moi qui éteins les lumières
Arnanda Devi (Île Maurice), Les Hommes qui me parlent
Christophe Hein (Allemagne), Paula T., une femme allemande 

 Conversations avec Douglas Kennedy (Combien ?)
Samedi 2 juin, 22h30

Le pas philosophique de l’écrivain
Dimanche 3 juin, 14h30
Jean-Claude Milner (Fr), Les Penchants criminels de l’Europe démocratique

L’écriture et la sexualité
Dimanche 3 juin, 16h30
Nicholson Baker (US), La Belle Échappée
Eric Marty (Fr), Pourquoi le XXe siècle a-t-il pris Sade au sérieux ?
Céline Minard (Fr), So long, Luise
Sara Stridsberg (Suède), Darling River

Rendre compte du réel
Dimanche 3 juin, 18h30
William T. Vollmann (US), Le Grand Partout,
Fukushima, Dans la zone interdite

Lecture Musicale
Dimanche 3 juin, 21h
Un Fou de Maupassant par Jacques Bonnafé
avec les percussionnistes de Tactus

Quels sont les auteurs qui vous intéressent ?

Réservations au 04 78 39 10 02 / www.villagillet.net
> A noter, la parution le 25 mai 2012 d’un numéro spécial du Monde des Livres consacré aux Assises Internationales du Roman…

Rimbaud ou l’Achab du désert

« Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon. »

…Imaginons alors que l’autre en Rimbaud a su exister. Et qu’il s’est métamorphosé en un personnage de fiction. Que le « dérèglement de tous les sens » rimbaldien a réussi un jour à rendre chez un autre auteur une figure possible de l’autre qu’était Rimbaud en lui-même. Et si cela pouvait être le sombre Achab, l’implacable capitaine de Melville ?

Certes, « l’enfant de colère » qu’était Rimbaud avait déjà connu plus ou moins (et surtout moins) un « capitaine » bien précis, son père, le grand absent, l’époux de Vitalie Cuif « la bouche d’ombre ». Un autre jour, Rimbaud sera lui-même capitaine, au bord d’une embarcation poétique déréglée (comme ses sens),  Le bateau ivre. Pequod pour Achab, Bateau Ivre pour Rimbaud… deux Ulysse(s) ivres de colère, de fougue et naviguant farouchement vers un dangereux idéal.

Les deux voyageurs (Rimbaud est certainement l’auteur ayant le plus marché et voyagé) poursuivent inlassablement un Absolu. Seulement, par essence, l’Absolu est ce qui ne se laisse jamais saisir : ainsi, l’Absolu de Rimbaud qu’est LA Poésie est comme LE Livre de Mallarmé : ces auteurs se créent, ils tentent d’aboutir à cette langue qui sera « de l’âme pour l’âme, de la subjectivité pour la subjectivité » mais cette poésie doit passer par la tempête d’Une Saison en Enfer et trouve son échec malgré tout, malgré l’éclaircie des Illuminations.

Cette poésie rimbaldienne est une sorte de Moby Dick, elle est une quête irrésistible vers une bête inaccessible et pourtant là, à saisir (et les moteurs, pour Rimbaud comme pour Achab sont l’Amour et la Colère). Tout comme Dieu, tout comme les sirènes de l’Odyssée, la rencontre est cependant impossible : l’objet de quête disparait au moment où on le trouve. Ainsi pour l’homme qui meurt quand il perçoit le chant des sirènes, ainsi l’ombre d’Eurydice qui s’évanouit lorsqu’Orphée se retourne pour la voir remontant des Enfers… ainsi Achab disparaissant avec Moby Dick au moment où les deux s’affrontent ; ainsi La Poésie, lorsque Rimbaud s’en approche au plus près.

Dans leur fuite ou quête (dans ces cas là, les deux sont peut-être synonymes), les deux hommes de colère et d’amour y perdent curieusement la même partie physique d’eux-mêmes, une jambe, celle du voyageur infatigable, du chercheur. C’est l’Absolue Moby Dick s’enfuyant avec la jambe d’Achab ; et le travail, l’errance, le désert, autre absolu du Rien qui s’empare de la jambe de Rimbaud. Disparaissant comme êtres amputés d’une part de leurs corps, l’on pourrait cependant croire qu’ils s’échappent de la vie de la même manière, en emportant avec eux leur Secret, cette ombre recouvrant leur Absolu à chacun.

Asterios Polyp de David Mazzucchelli, Casterman

Ce “roman graphique” – car, apparemment, on ne doit plus dire “BD” :-/… – j’en ai beaucoup entendu parler : sur France Culture & France info, dans des magazines, etc. Asterios Polyp, par l’auteur de bandes dessinées américain David Mazzucchelli, me faisait de nombreux signes. Je n’ai pas pu résister à sa belle couverture, son grand format (je ne peux pas vous dire le nombre de pages puisqu’il n’est pas indiqué), bref, un bel ouvrage cartonné, en papier recyclé, imprimé par Casterman… en Chine ! ><

Quelle est l’histoire de ce personnage au nom si compliqué, faisant penser à un astéroïde (ou une météorite, autre corps solide qu’on retrouve dans la BD) ? Asterios est un éminent professeur d’architecture ou, en d’autres termes, un architecte “de papier” : ses réalisations dessinées sont reconnues dans le monde entier mais aucune de ses œuvres n’a jamais été édifiée. On découvre ici l’histoire d’un homme très “conceptuel” séparé de son ex-épouse Anna (d’origine japonaise, artiste plasticienne d’une sensibilité exacerbée). Un soir d’orage, la foudre provoque un incendie dans son immeuble : Asterios s’enfuit, emportant seulement son porte-feuille contenant quelques dollars, son briquet, sa montre et son couteau suisse. Un métro new-yorkais, une gare routière, un bus et le voici arrivé dans un de ces Etats américains vides, coupés du monde : l’architecte se fait alors mécanicien automobile et est accueilli dans le foyer de son patron.

L’histoire est donc très (trop ?) mince… Le voyage d’Asterios se résume plutôt à la quête de son propre “moi”, un “moi” double car notre héros est constamment suivi d’une ombre – son frère jumeau décédé à sa naissance. Le récit est ainsi truffé de flash backs, qui reviennent sur l’enfance d’Asterios, sa rencontre avec Anna et leurs différends liés à leurs conceptions du monde et de l’art, si diamétralement opposées. La quête de sa nouvelle personnalité – éloignée de son caractère passé d’être snob, intolérant, cartésien et moqueur – se réalise surtout de manière onirique. David Mazzucchelli offre par exemple, dans de très belles planches, sa propre vision du mythe des androgynes dans le Banquet de Platon et celui d’Orphée et d’Eurydice aux enfers, en l’adaptant aux consciences de ses personnages.

L’histoire de ce quinquagénaire qui part à la recherche d’une personnalité neuve en exerçant sur lui sa propre psychanalyse est émouvante et extrêmement bien construite du point de vue de la narration. La personnalité de chaque personnage est signifiée par une typographie différente dans les bulles et des expressions caractéristiques. Quant à leurs émotions, elles sont très bien rendues par des couleurs et des styles graphiques révélateurs de leurs psychés : le rouge pour Anna, fragile et sensible, représentée par des coups de crayons rapprochés et torturés ; le bleu pour Asterios, méthodique, géométrique et observateur.

Cependant, ces performances graphique et narrative doivent-elles faire de ce “roman graphique” un chef-d’œuvre comme on nous le présente dans les différents médias cités précédemment ? Je n’en suis pas si sûre. Car il manque malgré tout quelque chose à Asterios Polyp, une force dans l’histoire qui tente de se révéler mais n’y parvient pas tout à fait.

> Pour comprendre le travail graphique de David Mazzucchelli :