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Black Swan… The Flesh and the Devil

Qui l’aurait cru ? Malgré les critiques dithyrambiques, Black Swan de Darren Aronofsky semble me poser problème… Je ne vous livre donc pas un article tout blanc ou tout noir comme les cygnes issus du ballet de Tchaïkovski, mais plus proche du complexe de Nina, l’héroïne de Black Swan interprétée par Natalie Portman, à savoir un pur mélange de bonnes et de mauvaises sensations.

Très inspiré des Chaussons Rouges de Michael Powell et Emeric Pressburger, Black Swan est avant tout un film sur l’art de la danse classique et tous ses à-côtés maléfiques : la souffrance d’un corps se pliant au désir de perfection, les problèmes physiques et psychologiques qui en découlent, la déformation du regard de la danseuse sur elle-même, etc. Car le problème de Nina, c’est son instinct de réussite inspiré et transmis (douloureusement) par sa mère alors qu’elle doit incarner à la fois le cygne blanc et le cygne noir dans la nouvelle mise en scène du Lac des cygnes par Thomas Leroy (Vincent Cassel) au prestigieux New York City Ballet.

A la façon d’un Perfect Blue de Satoshi Kon, Nina est plongée dans l’enfer de sa propre personnalité par l’intermédiaire d’une relation saphique qu’elle entretient (ou pense entretenir) avec une autre danseuse de la troupe, la sensuelle et masculine Lily (Mila Kunis), qui incarne parfaitement son double, le cygne noir. Pour se retrouver elle-même, complétée de cette double facette cygne noir-cygne blanc, et pouvoir atteindre la perfection dévolue à son rôle de Reine des cygnes, Nina traverse les mondes obscurs de la schizophrénie et entre irrésistiblement en conflit avec ceux qui la poussent (Thomas Leroy, Lily) ou l’en empêchent (la danseuse Beth jouée par Winona Ryder, ou encore sa mère). Un voyage vers son moi profond qui la plonge dans une perfection doublée d’une tragédie finale.

Moins pornographique que Requiem for a dream, Black Swan est toutefois sulfureux et Darren Aronofsky se plaît à nous replonger dans le monde des excès physiques (masturbation, anorexie, paradis artificiels) entraînant une perte, un oubli de soi, ce que refuse la très sérieuse et professionnelle Nina au début du film.
Le réalisateur filme une fois de plus les nuques et les dos comme on filme les visages (et ajoute à sa palette chevilles, orteils, doigts, ongles) rapprochant peu à peu son héroïne d’une incarnation uniquement faite de muscles et d’os (au fur-et-à-mesure que maigrit Nina). Superbe, Natalie Portman devient ainsi le pendant féminin de Mickey Rourke dans The Wrestler à travers l’obcession d’Aronofsky pour le corps changeant et dirigé par une mentalité extrême. Je regrette cependant les exagérations gores à l’intérieur des hallucinations de Nina : je pense que son cas est suffisamment angoissant et morbide pour éviter ce genre d’accès d’hémoglobine.

Après le magnifique (et énigmatique) plan séquence où Nina se transforme en cygne noir (si réussi qu’on parvient à ressentir cette chair de poule qui quadrille le corps de la danseuse avant l’apparition des premières plumes), on peut certes saluer ce film qui nous laisse groggy de tant d’efforts et de souffrances, mais aussi ressentir négativement un je-ne-sais-quoi de trop, si typique des films de Darren Aronofsky.

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