Archives du Tag: Hollywood

Hommage au réalisateur américain Sidney Lumet

Le grand réalisateur américain Sidney Lumet s’est éteint aujourd’hui à l’âge de 86 ans : une immense figure du cinéma qui disparaît quelques jours après Elizabeth Taylor… autant de signes d’un âge d’or du cinéma américain révolu.

Cet immense peintre de New York a réalisé une cinquantaine de films en s’intéressant très souvent à des faits de société, des histoires de crimes, de pègre, de complot, de police new yorkaise, et en mettant en scène des films de procès de manière magistrale.

Douze Hommes en colère (1957), Le Dossier Anderson (1971), The Offence (1972), Serpico (1973), Le Crime de l’Orient-Express (1974), Un après-midi de chien (1975), Network (1976), Equus (1977), Le Verdict (1982), L’Avocat du diable (1993), Jugez-moi coupable (2006), 7h58 ce samedi-là (2007) sont autant de titres qui resteront gravés dans la mémoire du cinéma.

Le Crime était presque parfait, Hitchcock 1954

Rétrospective Hitchcock, Le Crime était presque parfait

Quel cabotin ce Alfred ! Le ‘maître du suspens’ a encore frappé hier soir à l’Institut Lumière de Lyon lors de la projection en copie neuve de Dial M. for Murder avec Grace Kelly, Ray Milland et Robert Cummings. Malheureusement, pas de 3D pour ce film qui avait pourtant été tourné pour ça (relief stéréoscopique et projection en lumière polarisée avec lunettes). Mais j’ai tout de même ‘senti’ l’effet 3 Dimensions par rapport à certains objets filmés en premier plan comme les accoudoirs du fauteuil près de la cheminée dans l’appartement du couple Tony-Margot Wendice ou encore le bord du bureau qui tient, avec l’objet fétiche de Sir Alfred – la clé, l’un des ‘rôles’ principaux du film.

Une fois n’est pas coutume, on a affaire à un film fétichiste avec des objets-personnages comme les deux clés de la porte d’entrée de l’appartement du couple, le sac à main de Margot contenant une petite pochette violette pour ranger sa clé, les bas féminins, l’imperméable, la fameuse paire de ciseaux, la lettre, etc.
Fétichisme doublé de cabotinage pour cette histoire de meurtre prémédité : Tony Wendice (Ray Milland) demande à une vieille connaissance (Swann, joué par Anthony Dawson) de supprimer sa femme Margot (Grace Kelly) tout en respectant scrupuleusement son plan machiavélique. En effet, il a découvert que Margot avait un amant (Mark, joué par Robert Cummings) et redoute le jour où elle partira avec sa fortune personnelle, le laissant seul et surtout désargenté.

Quasiment à huis-clos, le film est surtout une performance technique de plus dans la filmographie du réalisateur. Loin d’être un chef d’oeuvre, Dial M. for Murder est un bon film, dans lequel le réalisateur taquine sans cesse le spectateur. Une expérimentation de plus pour Hitchcock, malgré un côté un peu terne, quelques faux raccords, la théâtralité de l’ensemble et l’absence de la musique de Bernard Herrmann.

Ce que j’ai particulièrement apprécié dans ce film, ce sont justement ses côtés :
‘on en rajoute une couche et pourtant, le spectateur suit toujours’.
Je pense sincèrement que ce film n’est pas à prendre au sérieux. Le caméo dans lequel Alfred Hitchcock se place au coeur d’une photographie de vieux copains d’école en est certainement l’annonce. L’ironie constante du personnage joué par Ray Milland, l’aspect artificiel de la femme fatale au foyer jouée par Grace Kelly ou encore l’humour de l’inspecteur Hubbard (l’excellent John Williams habitué des réalisations de Hitchcock) sont d’autres éléments qui renforcent l’aspect comique ou grand-guignol.

Gene Tierney, pour oublier ‘Laura’

Le 20 décembre 2010, je vous proposais un article sur le film Leave her to heaven (Péché mortel) avec l’actrice Gene Tierney. J’ai, depuis, lu sa touchante autobiographie Mademoiselle, vous devriez faire du cinéma (Self-Portrait – 1979). Carmadou avait d’ailleurs laissé un commentaire intéressant, donnant un extrait du livre de Tierney (concernant sa prestation dans le film de John Stahl).

Après la belle introduction de Marie-France Pisier, on plonge d’emblée dans une lecture cinématographique évoquant les blessures de cette actrice aux yeux de chat. Car elle ne fut que l’ombre de ses plus grands rôles de vamp et de femme fatale, fragile et désorientée psychologiquement tout au long de sa vie (1920-1991).

A 58 ans, Gene Tierney refuse de voir sa vie comme un film hollywoodien : ‘Si ce que m’ont enseigné ces expériences peut se résumer en une phrase, ce serait celle-ci : la vie n’est pas un film. Mais cette remarque ne se veut ni triste ni nostalgique. Je peux seulement me poser cette question : si ma vie avait été réellement un film, se serait-il trouvé un réalisateur pour confier ce rôle-là à Gene Tierney ?’
Cette citation finale révèle bien la schize qui a toujours fait de G. Tierney une femme à deux visages. Dans son autobiographie, elle évoque son désir de devenir actrice après que le réalisateur Anatole Litvak lui ait lancé cette fameuse phrase ‘Mademoiselle, vous devriez faire du cinéma’. Gene a alors 18 ans et visite avec sa famille les studios de la Warner Brothers.
Après une courte carrière à Broadway pour apprendre le métier de comédienne, la voici propulsée parmi les Fox Girls de l’âge d’or des studios américains. Le Retour de Frank James de Fritz Lang (1940), Le ciel peut attendre d’Ernst Lubitsch (1943), Laura (1944), Le Mystérieux Dr Korvo (1949) et Mark Dixon détective (1950) d’Otto Preminger, Leave her to heaven (1945) de John Stahl, Le Château du dragon (1946) et L’Aventure de Mrs Muir (1947) de J.L. Mankiewicz… Gene Tierney aura joué sous l’oeil des caméras des plus grands réalisateurs et avec pour partenaires, de célèbres acteurs hollywoodiens : Spencer Tracy, Clark Gable, Rex Harrison, Vincent Price, Dana Andrews…

Dans sa vie sentimentale, Gene était aussi enveloppée de paillettes : Howard Hugues (aviateur, homme d’affaires et producteur) ; Oleg Cassini (son premier époux, styliste pour les studios) ; John Kennedy (futur président des Etats-Unis) ; Ali Khan (Prince Play-Boy pakistanais)… Finalement, elle finira ses jours comme épouse d’un Texan, Howard Lee, à qui elle dédie son autobiographie.

Pourquoi sa carrière fut-elle un véritable feu follet ? Le 15 octobre 1943, G. Tierney donne naissance à sa première fille, Daria. Handicapée. Elle dut la placer dans une institution dès ses 4 ans. L’actrice tombe alors dans une profonde dépression qui nécessite plus de dix ans de soins, trois séjours dans des hôpitaux psychiatriques, une douzaine de médecins et trente-deux électrochocs pour soigner ses névroses.
On est bien loin de la magie d’Hollywood…
Gene Tierney prouve ici à quelle point elle fut une grande actrice, en ayant su interpréter des rôles comme celui de Laura, si éloigné de sa propre nature de femme timide, fragile et perturbée.

Mademoiselle, vous devriez faire du cinéma, Gene Tierney, Ramsay poche cinéma, 2006, 308 p.