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Règlements de comptes (The Big Heat), Fritz Lang

A l’occasion du festival Quais du Polar à Lyon, l’Institut Lumière a projeté dimanche dernier le grand film noir Règlements de comptes (The Big Heat) de Fritz Lang (1953).
Glenn Ford y tient le rôle principal, celui du détective Dave Bannion, un être vengeur qui va faire régner la justice par ses propres moyens dans un milieu professionnel corrompu, où ses collègues, supérieurs hiérarchiques et membres de la sphère politique fricotent avec la mafia locale.

Le fil du récit trouve son origine dans un premier plan à la Hitchcock, centré sur une arme à feu utilisée lors du suicide d’un policier, collègue de Bannion. C’est à partir de la mort de cet homme que l’enquête débute : Bannion rencontre sa veuve puis sa maîtresse ; mais le corps de cette dernière femme (qui a osé lui parler) disparaît, après avoir été mutilé par les brûlures de cigarettes d’un des hommes de la pègre.

Rapidement empêché par son supérieur de mener à bien cette enquête, Bannion sait désormais que les dés (qu’on retrouve matériellement dans le film) sont jetés : il a affaire à un réseau d’hommes de main extrêmement violents et se retrouve seul, stoppé dans son élan par sa hiérarchie. Pour ces deux raisons, sa vie et celles des membres de sa famille sont en danger – autant que les destinées de toutes les femmes croisant son chemin au cœur de cette intrigue.

Comme l’a expliqué la romancière américaine Megan Abbott en guise d’introduction à la séance, ce film noir oppose les hommes aux femmes de manière extrêmement violente pour l’époque. Pour mettre en scène la haine masculine, Fritz Lang a fait appel au monstre Lee Marvin, effrayant de sadisme. Une à une, les femmes vont parler puis disparaîtront par l’intermédiaire d’un élément, le feu, qui pèse sur toute l’atmosphère du film. L’une d’entre elles, personnage féminin particulièrement réussi, ne ressemble à aucune autre héroïne du 7e art. Megan Abbott a donc repris le prénom de cette actrice pour son dernier roman Adieu Gloria Gloria Grahame, qui interprète l’émouvante Debby Marsh – défigurée par Vince Stone (Lee Marvin). Debby forme avec Bannion un “couple” cinématographique très fort, tout en tension dramatique.

Fritz Lang signe ici un chef d’œuvre du film noir, d’une richesse incroyable pour un film tourné en quinze jours seulement. Un classique du genre.

Quatre cavaliers… qui surgissent hors de la nuit

Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse de Vincente Minnelli (1961)

J’ai beau être un chat masqué, je ne pousserai pas le vice jusqu’à vous parler de Zorro… Non, parlons plutôt d’un très grand film du réalisateur américain Vincente Minnelli (1903-1986 – mari de Judy Garland et papa de Liza Minnelli, pour l’info people). Four Horsemen of the Apocalypse fait partie de ses chefs d’oeuvre parmi Les Ensorcelés, The Band Wagon ou le splendide Some Came Running – Comme un torrent.

Ce film raconte l’affrontement de deux branches (française avec les Desnoyers et allemande avec les Von Hartott) issues d’une famille argentine pendant la seconde guerre mondiale. Minnelli réalise ici un remake en s’inspirant d’un roman original et d’un premier film réalisé en 1921 (dont l’action se déroule lors de la première guerre mondiale).


Le titre est rapidement élucidé au début du film : lors de la réunion de famille organisée par le patriarche argentin, le vieux Madariaga s’arrête devant le feu de cheminée où flamboient 4 sculptures dorées qui représentent les quatre cavaliers de l’Apocalypse (Nouveau Testament), dont la chevauchée dans le ciel annonce la fin du monde (la Mort, la Peste, la Guerre et la Bête sauvage). En parallèle à cela, le vieux mystique découvre que le Mal s’est infiltré dans sa propre famille : Heinrich, son petit-fils, lui révèle être nazi, tout comme son père Karl. Le vieil argentin, sous le coup de la terreur et de la folie, sort sous une tempête et est pris d’hallucinations : il voit approcher les fameux cavaliers de l’Apocalypse et meurt soudainement, subjugué par cette vision…

La suite de l’action se déroule à Paris pendant la guerre. Rapidement, les deux clans vont s’entrechoquer. Côté français, Julio Desnoyers (pour l’amour) et sa soeur Chi Chi (pour ses opinions politiques) rentrent dans la résistance. Côté allemand, Karl et son fils Heinrich sont promus à de hauts grades dans l’armée nazie. A partir de là, les jeux sont faits et leurs destins sont unis dans le malheur et par l’histoire en marche. Mais la virtuosité de Minnelli réside dans sa capacité à créer une seconde histoire au coeur de la première : la passion amoureuse entre Julio Desnoyers (Glenn Ford) et Marguerite Laurier (l’actrice bergmanienne Ingrid Thulin), rendue possible par le départ sur le front du mari de Marguerite, le journaliste Etienne Laurier.

Après toutes ces explications, on peut souligner la richesse narrative du film. On y ajoute : l’épaisseur psychologique de tous les personnages (ambigus), admirablement bien joués ; le rythme soutenu malgré la longueur – on est totalement happé par tous les ressorts du drame ; l’incrustation efficace de “tableaux” vivants tirés d’images d’actualités saisissantes, teintées en rouge et retravaillées par juxtaposition qui donne de l’ampleur à la fresque historique ; les questions posées à propos du destin de chacun, du devoir d’implication pour sa patrie mais aussi pour sa famille (les deux aspects sont souvent opposés). Finalement, ce film réussit un tour de force : en traitant d’un sujet aussi douloureux que celui de l’occupation allemande en s’appuyant sur des destins particuliers qui donnent du relief à la dimension collective du drame ; en y impliquant des images cruelles avec toujours cette touche particulière d’humilité mêlée à ce refus de toute exhibition gratuite de haine ou de violence.

Alors comme le fait si bien Joe Pesci dans Il était une fois en Amérique, je vous recommande vivement Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse