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Gene Tierney, pour oublier ‘Laura’

Le 20 décembre 2010, je vous proposais un article sur le film Leave her to heaven (Péché mortel) avec l’actrice Gene Tierney. J’ai, depuis, lu sa touchante autobiographie Mademoiselle, vous devriez faire du cinéma (Self-Portrait – 1979). Carmadou avait d’ailleurs laissé un commentaire intéressant, donnant un extrait du livre de Tierney (concernant sa prestation dans le film de John Stahl).

Après la belle introduction de Marie-France Pisier, on plonge d’emblée dans une lecture cinématographique évoquant les blessures de cette actrice aux yeux de chat. Car elle ne fut que l’ombre de ses plus grands rôles de vamp et de femme fatale, fragile et désorientée psychologiquement tout au long de sa vie (1920-1991).

A 58 ans, Gene Tierney refuse de voir sa vie comme un film hollywoodien : ‘Si ce que m’ont enseigné ces expériences peut se résumer en une phrase, ce serait celle-ci : la vie n’est pas un film. Mais cette remarque ne se veut ni triste ni nostalgique. Je peux seulement me poser cette question : si ma vie avait été réellement un film, se serait-il trouvé un réalisateur pour confier ce rôle-là à Gene Tierney ?’
Cette citation finale révèle bien la schize qui a toujours fait de G. Tierney une femme à deux visages. Dans son autobiographie, elle évoque son désir de devenir actrice après que le réalisateur Anatole Litvak lui ait lancé cette fameuse phrase ‘Mademoiselle, vous devriez faire du cinéma’. Gene a alors 18 ans et visite avec sa famille les studios de la Warner Brothers.
Après une courte carrière à Broadway pour apprendre le métier de comédienne, la voici propulsée parmi les Fox Girls de l’âge d’or des studios américains. Le Retour de Frank James de Fritz Lang (1940), Le ciel peut attendre d’Ernst Lubitsch (1943), Laura (1944), Le Mystérieux Dr Korvo (1949) et Mark Dixon détective (1950) d’Otto Preminger, Leave her to heaven (1945) de John Stahl, Le Château du dragon (1946) et L’Aventure de Mrs Muir (1947) de J.L. Mankiewicz… Gene Tierney aura joué sous l’oeil des caméras des plus grands réalisateurs et avec pour partenaires, de célèbres acteurs hollywoodiens : Spencer Tracy, Clark Gable, Rex Harrison, Vincent Price, Dana Andrews…

Dans sa vie sentimentale, Gene était aussi enveloppée de paillettes : Howard Hugues (aviateur, homme d’affaires et producteur) ; Oleg Cassini (son premier époux, styliste pour les studios) ; John Kennedy (futur président des Etats-Unis) ; Ali Khan (Prince Play-Boy pakistanais)… Finalement, elle finira ses jours comme épouse d’un Texan, Howard Lee, à qui elle dédie son autobiographie.

Pourquoi sa carrière fut-elle un véritable feu follet ? Le 15 octobre 1943, G. Tierney donne naissance à sa première fille, Daria. Handicapée. Elle dut la placer dans une institution dès ses 4 ans. L’actrice tombe alors dans une profonde dépression qui nécessite plus de dix ans de soins, trois séjours dans des hôpitaux psychiatriques, une douzaine de médecins et trente-deux électrochocs pour soigner ses névroses.
On est bien loin de la magie d’Hollywood…
Gene Tierney prouve ici à quelle point elle fut une grande actrice, en ayant su interpréter des rôles comme celui de Laura, si éloigné de sa propre nature de femme timide, fragile et perturbée.

Mademoiselle, vous devriez faire du cinéma, Gene Tierney, Ramsay poche cinéma, 2006, 308 p.

‘Sinouhé l’égyptien’ de Mika Waltari

En cette période de fêtes, j’ai envie de vous parler du grand roman historique (en deux volumes) de l’écrivain finlandais Mika Waltari (1908-1979) : Sinouhé l’égyptien (1945).

Disponibles chez Folio, ces deux tomes transportent le lecteur au cœur de l’Égypte Ancienne, sur les traces de Sinouhé, ami et médecin du grand Akhénaton.
C’est ce personnage principal qui raconte sa propre histoire et explique la place qu’il a pu occuper dans la société égyptienne du XIVe siècle avant J.-C., présentant son rôle auprès des pharaons… et du petit peuple.

Le tout se joue depuis l’ascension du culte d’Aton, son apogée puis son déclin face au nouveau culte d’Amon (et le célèbre pharaon adolescent, Toutankamon).

Ce roman tient à plusieurs genres : d’aventures, historique, parfois sentimental et dramatique, tirant quelque fois sur l’horreur ou la science fiction… car l’écrivain finlandais savait faire tout cela, en plus de son immense travail de recherches pour atteindre la vérité historique (décriée cependant par les historiens du XXIe siècle).
Quoi qu’il en soit, malgré le grand nombre de pages (pratiquement 1000), le rythme est constamment haletant et les péripéties foisonnent.

Ce livre plaira par exemple aux amateurs de péplums à la sauce égyptienne, tels que Les Dix Commandements de Cécil B. DeMille, ou Cléopâtre de J. L. Mankiewicz. Sinouhé l’égyptien a d’ailleurs été adapté au cinéma en 1954 par le réalisateur américain Michael Curtiz (The Egyptian), avec entres autres Jean Simmons, Gene Tierney et Peter Ustinov.

Leave her to heaven : Chronique d’une folie annoncée

J’ai regardé l’autre soir Péché mortel - Leave her to heaven (1945) du réalisateur américain John M. Stahl, avec la magnifique Gene Tierney qui interprète le rôle glaçant d’Helen Berent.

Dès le début du film, on devine que cette femme cache un secret qui fait froid dans le dos. L’amour fou qu’elle porte encore à son père décédé, son indépendance vis-à-vis de sa mère et de sa cousine (jouée par la belle Jeanne Crain qui lui ressemble beaucoup), son esprit revanchard, sa volonté d’être la meilleure dans tous les domaines (équitation, natation, etc.) sont autant d’éléments qui pèsent sur la psyché de notre héroïne.

Elle rencontre dans un train un écrivain, Richard Harland (interprété par Cornel Wilde, un peu trop fade à mon goût). Déjà fiancée à l’avocat Russell Quinton (Vincent Price), elle quitte pourtant ce dernier en vouant un amour sans bornes pour le fameux écrivaillon. Rupture et nouvelles fiançailles se décident en une seule et même soirée.

Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que leur vie à deux soit bouleversée par l’arrivée du jeune frère paralysé de Richard, Danny, qui intègre leur foyer. Les deux frères ont plaisir à se retrouver et Helen pousse Danny à faire d’incroyables progrès physiques (le garçon parvient à marcher au prix de multiples efforts). Le temps est venu pour eux de rejoindre un ‘havre de paix’, une maison sur un lac surnommée ‘Derrière la lune‘.

Rapidement, Helen révèle de premiers symptômes d’hystérie. La voici littéralement rongée par de violents sentiments de possession envers son mari. Elle ne supporte plus ni leur entourage, ni le travail de son époux qui l’éloigne d’elle lorsqu’il écrit. Et surtout, elle n’admet plus l’omniprésence du jeune Danny. La femme ‘fatale’ devient dangereuse ; et plus encore, elle nous glace dès lors qu’elle se retrouve sur une barque avec Danny, au beau milieu du lac en forme de lune. Ce n’est là que le début d’une descente aux enfers dans laquelle elle entraîne tout son entourage.

Gene Tierney incarne ici parfaitement une femme aux deux visages et propose l’une de ses plus belles prestations. Leave her to heaven est un film tristement prémonitoire pour Tierney, surnommée ‘la folle d’Hollywood’ dans les années 50 après avoir été internée plusieurs fois en ayant subi des électrochocs en asile psychiatrique.
Personnellement, j’ai très envie de lire son autobiographie : Mademoiselle, vous devriez faire du cinéma (Ramsay Poche).