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La Défense Lincoln (The Lincoln Lawyer), de Brad Furman avec Matthew McConaughey

Que penser du dernier film du réalisateur américain Brad Furman, The Lincoln Lawyer – La Défense Lincoln ? Inspiré du roman de Michael Connelly, ce thriller cinématographique célèbre avant tout le retour sur le grand écran de l’acteur Matthew McConaughey (choisi par le romancier) dans un rôle sérieux (après les comédies potaches Hanté par ses ex en 2009 et Tonnerre sous les tropiques en 2008). Cette fois-ci, McConaughey interprète le rôle de Mickey Haller, un avocat de Los Angeles ayant pour habitude non conventionnelle de travailler à l’arrière de son impressionnante Lincoln Continental plutôt qu’au bureau.

Sa carrière est principalement constituée de défenses de malfrats made in L.A. (trafiquants de drogues, voleurs et proxénètes), et, pourtant, il est soudainement contacté par un riche héritier de Beverly Hills, Louis Roulet (Ryan Philippe) qui souhaite l’avoir comme avocat de la défense dans une affaire de tentative de meurtre contre Reggie Campo (qui s’avère être une prostituée). Haller et son enquêteur Frank Levin (William H. Macy) pensent d’abord à un sacré coup de chance, une affaire simplissime… qui se transforme rapidement un duel macabre entre l’avocat et son client.

L’interprétation de Matthew McConaughey et la bande-originale à l’esprit soul (qui ne s’entend malheureusement pas dans la bande-annonce) auraient pu faire, entre autres, de The Lincoln Lawyer, un très bon thriller. Malheureusement, la manière de filmer (trop de gros plans et de caméra épaule) et les nombreuses couches d’intrigues superposées étouffent l’histoire principale et rendent le film beaucoup trop long à mon goût. Finalement, peu d’éléments restent crédibles face à des rebondissements à n’en plus finir. Quelques bonnes surprises sont cependant au rendez-vous au niveau des interprètes : on oublie vite le fade Ryan Philippe pour s’intéresser à William H. Macy (Boogie Nights, Magnolia, Fargo), Marisa Tomei (7h58 ce samedi-là de Sidney Lumet) et Bryan Cranston (Hal, le célèbre papa déjanté de Malcom et le chimiste de Breaking Bad).

Le Gamin au vélo, de Jean-Pierre et Luc Dardenne

Un Grand Prix mérité au dernier Festival de Cannes pour Le Gamin au vélo des frères Dardenne… Ils nous racontent ici l’histoire émouvante de Cyril (Thomas Doret), 12 ans, un gamin belge placé dans un foyer pour enfants par son père (Jérémie Rénier) qui ne peut plus (et ne veut plus) s’occuper de lui. L’enfant n’a qu’une seule idée en tête : retrouver son père et son vélo (ce dernier, ayant besoin d’argent, l’a vendu pour une poignée d’euros, avant de déménager sans donner sa nouvelle adresse à son fils).

L’enfant révolté fait alors la connaissance de Samantha (Cécile de France), la coiffeuse de la cité où vivait son père : elle retrouve son vélo et le lui rachète, acceptant même de l’accueillir tous les week-ends en tant que “famille d’accueil”. Samantha va devoir apprivoiser peu à peu le garçon et canaliser sa haine et sa violence, en lui apportant cet amour qu’il n’a jamais reçu auparavant.

Malgré une histoire plutôt simple s’apparentant à un conte (qui a demandé cependant un an de travail côté scénario), les frères Dardenne réussissent à nous livrer ici un très beau film, sincère, lumineux et à fleur de peau. L’interprétation proposée par le jeune acteur Thomas Doret est à couper le souffle, tout comme sa course effrénée à vélo, en quête de compréhension et d’amour. Quant à Cécile de France, j’ai été agréablement surprise par sa justesse et sa spontanéité : un rôle fait pour elle. Elle réussit parfaitement à suggérer cette vocation grandissante et naturelle qui la forge à devenir une mère-amie, protectrice et aimante, sans avoir recours à des explications psychologiques concernant les besoins de l’enfant ou les problèmes du père.

Le Complexe du Castor (The Beaver) de Jodie Foster avec Mel Gibson

Présenté lors du Festival de Cannes 2011 (sélection film hors compétition), Le Complexe du Castor (The Beaver) de Jodie Foster se concentre sur l’histoire de Walter Black, admirablement interprété par Mel Gibson qui signe ici son come back et se rachète une conduite grâce à son interprétation d’une justesse désarmante.

Qui est Walter Black ? Un père de famille dépressif, quinquagénaire ne croyant plus en rien, se réfugiant dans le sommeil pour oublier ses multiples difficultés : à vivre, à gérer l’entreprise de jouets héritée de son père, à être lui-même un bon père attentionné et un mari aimant. Mais Walter Black n’est plus que l’ombre de lui-même le jour où sa femme (Jodie Foster) le met à la porte, ne pouvant plus supporter cette souffrance et ses complexes qui les contaminent et les rongent à petit feu, elle et leurs enfants. La solitude d’une chambre d’hôtel, se noyer dans l’alcool et être nul et ridicule jusque dans sa tentative de suicide, c’est aussi ça, Walter Black. Sauf que notre anti-héros a trouvé une vieille marionnette dans un container : un castor.

Une attraction maladive s’acharne alors sur lui et le pousse à porter la marionnette en continu : il ‘pense’ désormais via cet écran, ce double de peluche et utilise cet artefact pour communiquer avec ses proches (et avec lui-même). Ses nouveaux agissements de ventriloque avec sa marionnette semblent être auto-thérapeutiques puisque sa famille le retrouve petit à petit ; mais la schize est bien profonde et suppure discrètement…

Les éléments cinématographiques “Fosteriens” sont bien présents : l’étude attentive des enfants surdoués et mal-aimés (écho à son film Le petit hommeLittle man tate – 1991), l’attrait psychologique que représente chacun de ses personnages, le tout dans un film mêlant le tragique, voire le sordide, à l’absurde. Mel Gibson livre ici une interprétation étonnante (ses exercices de ventriloque sont saisissants, bien mis en valeur par les plans créés par la réalisatrice, où l’on a le sentiment de voir une peluche vivante et maléfique prendre peu à peu possession de son propriétaire). Jodie Foster est, quant à elle, d’une justesse touchante dans son rôle de mère de famille qui tente d’aider ses trois hommes, tous engloutis plus ou moins dans le même cercle vicieux. Cependant, il est réellement fâcheux d’avoir tant voulu donner d’épaisseur au personnage du jeune adulte et fils aîné du couple (Porter Black, interprété par Anton Yelchin). Son histoire d’amour avec la jeune Norah (Jennifer Lawrence) compte tous les instants soporifiques du film et s’incruste de manière maladroite dans la stratégie de Foster de créer des personnages écrans ou miroirs, se répondant les uns les autres pour mieux révéler les complexes générationnels avec lesquels ils doivent pourtant vivre.