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Philippe Ramos : après Capitaine Achab, il signe son retour avec Jeanne Captive

C’est au dernier Festival de Cannes que le réalisateur français Philippe Ramos a présenté (offrant une prestation sur scène déroutante, pas forcément bien reçue ni comprise) son adaptation de l’histoire de Jeanne d’Arc avec son film Jeanne Captive. Cette fois-ci, c’est la douce et spontanée Clémence Poésy qui incarne la célèbre Pucelle d’Orléans, reprenant ainsi le flambeau de nombreuses actrices comme Renée Falconetti (1928), Simone Genevois (1929), Ingrid Bergman (1948 & 1954), Michèle Morgan (1953), Jean Seberg (1957), Florence Delay (1962), Sandrine Bonnaire (1994) et Milla Jovovich (1999).

Ramos, lui, va tenter d’offrir une énième adaptation cinématographique de ce célèbre personnage historique, après George Hatot (1898), les Frères Lumière (1899), George Méliès (1900), Cecil B. De Mille (1916), Carl Theodor Dreyer (1928), Marco de Gastyne (1929), Gustav Ucicky (1935), Victor Fleming (1948), Jean Delannoy (1953), Roberto Rossellini (1954), Otto Preminger (1957), Robert Bresson (1962), Jacques Rivette (1994) et Luc Besson (1999).

L’histoire : à l’automne 1430, Jeanne d’Arc, prisonnière d’un riche seigneur du nord de la France, est vendue aux Anglais. Des hommes vont alors être attirés par elle et son esprit habité : dans sa geôle, lors d’un convoi longeant la mer ou à l’approche du bûcher, ils seront nombreux désirant la voir et lui parler…

Philippe Ramos retrouve pour ce long-métrage Jean-François Stévenin en moine (présent dans Capitaine Achab en 2007) ainsi que Mathieu Amalric (Le Prédicateur) et Thierry Frémont (Le Guérisseur). Malgré des échos négatifs à la sortie de la 43e édition de la Quinzaine des Réalisateurs 2011, on peut toutefois espérer un traitement original et audacieux du mythe de Jeanne d’Arc par le réalisateur de Capitaine Achab, qui avait su offrir, dans son précédent film, une étude sensible et spirituelle du personnage d’Herman Melville, Achab, capitaine du Pequod, ce vengeur fou en quête de son absolu symbolique, la baleine blanche Moby Dick.

La sortie de Jeanne Captive étant prévue pour janvier 2012, vous pouvez, en attendant, regarder le très beau film Capitaine Achab interprété par Denis Lavant avec Dominique Blanc et Jean-François Stévenin (distribué en DVD par arte Editions).

Le Gamin au vélo, de Jean-Pierre et Luc Dardenne

Un Grand Prix mérité au dernier Festival de Cannes pour Le Gamin au vélo des frères Dardenne… Ils nous racontent ici l’histoire émouvante de Cyril (Thomas Doret), 12 ans, un gamin belge placé dans un foyer pour enfants par son père (Jérémie Rénier) qui ne peut plus (et ne veut plus) s’occuper de lui. L’enfant n’a qu’une seule idée en tête : retrouver son père et son vélo (ce dernier, ayant besoin d’argent, l’a vendu pour une poignée d’euros, avant de déménager sans donner sa nouvelle adresse à son fils).

L’enfant révolté fait alors la connaissance de Samantha (Cécile de France), la coiffeuse de la cité où vivait son père : elle retrouve son vélo et le lui rachète, acceptant même de l’accueillir tous les week-ends en tant que “famille d’accueil”. Samantha va devoir apprivoiser peu à peu le garçon et canaliser sa haine et sa violence, en lui apportant cet amour qu’il n’a jamais reçu auparavant.

Malgré une histoire plutôt simple s’apparentant à un conte (qui a demandé cependant un an de travail côté scénario), les frères Dardenne réussissent à nous livrer ici un très beau film, sincère, lumineux et à fleur de peau. L’interprétation proposée par le jeune acteur Thomas Doret est à couper le souffle, tout comme sa course effrénée à vélo, en quête de compréhension et d’amour. Quant à Cécile de France, j’ai été agréablement surprise par sa justesse et sa spontanéité : un rôle fait pour elle. Elle réussit parfaitement à suggérer cette vocation grandissante et naturelle qui la forge à devenir une mère-amie, protectrice et aimante, sans avoir recours à des explications psychologiques concernant les besoins de l’enfant ou les problèmes du père.

Le Complexe du Castor (The Beaver) de Jodie Foster avec Mel Gibson

Présenté lors du Festival de Cannes 2011 (sélection film hors compétition), Le Complexe du Castor (The Beaver) de Jodie Foster se concentre sur l’histoire de Walter Black, admirablement interprété par Mel Gibson qui signe ici son come back et se rachète une conduite grâce à son interprétation d’une justesse désarmante.

Qui est Walter Black ? Un père de famille dépressif, quinquagénaire ne croyant plus en rien, se réfugiant dans le sommeil pour oublier ses multiples difficultés : à vivre, à gérer l’entreprise de jouets héritée de son père, à être lui-même un bon père attentionné et un mari aimant. Mais Walter Black n’est plus que l’ombre de lui-même le jour où sa femme (Jodie Foster) le met à la porte, ne pouvant plus supporter cette souffrance et ses complexes qui les contaminent et les rongent à petit feu, elle et leurs enfants. La solitude d’une chambre d’hôtel, se noyer dans l’alcool et être nul et ridicule jusque dans sa tentative de suicide, c’est aussi ça, Walter Black. Sauf que notre anti-héros a trouvé une vieille marionnette dans un container : un castor.

Une attraction maladive s’acharne alors sur lui et le pousse à porter la marionnette en continu : il ‘pense’ désormais via cet écran, ce double de peluche et utilise cet artefact pour communiquer avec ses proches (et avec lui-même). Ses nouveaux agissements de ventriloque avec sa marionnette semblent être auto-thérapeutiques puisque sa famille le retrouve petit à petit ; mais la schize est bien profonde et suppure discrètement…

Les éléments cinématographiques “Fosteriens” sont bien présents : l’étude attentive des enfants surdoués et mal-aimés (écho à son film Le petit hommeLittle man tate – 1991), l’attrait psychologique que représente chacun de ses personnages, le tout dans un film mêlant le tragique, voire le sordide, à l’absurde. Mel Gibson livre ici une interprétation étonnante (ses exercices de ventriloque sont saisissants, bien mis en valeur par les plans créés par la réalisatrice, où l’on a le sentiment de voir une peluche vivante et maléfique prendre peu à peu possession de son propriétaire). Jodie Foster est, quant à elle, d’une justesse touchante dans son rôle de mère de famille qui tente d’aider ses trois hommes, tous engloutis plus ou moins dans le même cercle vicieux. Cependant, il est réellement fâcheux d’avoir tant voulu donner d’épaisseur au personnage du jeune adulte et fils aîné du couple (Porter Black, interprété par Anton Yelchin). Son histoire d’amour avec la jeune Norah (Jennifer Lawrence) compte tous les instants soporifiques du film et s’incruste de manière maladroite dans la stratégie de Foster de créer des personnages écrans ou miroirs, se répondant les uns les autres pour mieux révéler les complexes générationnels avec lesquels ils doivent pourtant vivre.