Archives du Tag: cinéma français 2011

La Délicatesse, David et Stéphane Foenkinos, 2011

La Délicatesse des frères Foenkinos est un joli petit film sentimental, adapté du roman de l’un des deux frères nouvellement réalisateur, David Foenkinos (Folio 2009). Si vous êtes fleur bleue et que vous aimez les contes de fées, ce film vous plaira sûrement : aux autres, je leur dirais peut-être de passer leur chemin car le film, malgré son titre, comporte des maladresses et certaines visions caricaturales que l’on retrouve malheureusement un peu trop souvent dans les comédies ou drames romantiques français contemporains.

La Délicatesse c’est avant tout l’histoire du drame amoureux de Nathalie (Audrey Tautou), qui ne parvient pas à se reconstruire après le décès de feu son jeune mari François (Pio Marmai). Nathalie s’enferme plusieurs années dans son deuil et se raccroche principalement à son travail (un poste à hautes responsabilités dans une entreprise suédoise). Son patron Charles Delamain (Bruno Todeschini) en est très amoureux, mais Nathalie jette un jour son dévolu de manière totalement inconsciente sur l’un de ses collègues, Markus (François Damiens), un suédois qui, il faut bien le dire, n’a pas grand chose pour lui si ce n’est de l’humour, de l’originalité et surtout, beaucoup de Délicatesse…

Le film repose ainsi sur un scénario léger qui doit justement, pour trouver un peu plus de consistance, faire la part belle aux personnages secondaires (famille, amis, collègues) et révéler quelques originalités pour ne pas perdre le spectateur. Les frères Foenkinos se plaisent alors à créer plusieurs scènes oniriques comiques ou burlesques et des tableaux dans lesquels le temps semble plus au moins suspendu. Au-delà de quelques gaucheries et lourdeurs, le plus plaisant dans cette histoire est certainement le traitement de l’étrangeté amoureuse qui fonctionne assez bien au travers du couple sensible Tautou-Damiens.

Le tout est enfin bien porté (et consolidé) par la superbe bande originale du film composée par Emilie Simon (qui fait plusieurs apparitions dans le film), disponible depuis décembre 2011 sous le titre Franky Knight : une musique composée en parallèle de la réalisation du film, très significative puisque empreinte des mêmes questionnements liés au deuil, à la recherche de l’être perdu et à la reconstruction de soi (après le drame personnel vécu par l’artiste il y a quelques années, au moment de la sortie de son avant-dernier album The Big Machine, 2009).

Jeanne Captive de Philippe Ramos

Aujourd’hui, mercredi 16 novembre 2011, sort au cinéma le dernier long-métrage de Philippe Ramos, Jeanne Captive, avec Clémence Poésy dans le rôle-titre, Mathieu Amalric, Jean-François Stévenin et Thierry Frémont. Mais vous ne trouverez pas ici de “critique” de ce film puisqu’il ne passe que dans 24 salles de notre cher pays – contre presque 800 pour le dernier volet de Twilight. De plus, dans ces 24 salles répertoriées, aucune trace d’un cinéma situé en région Rhône-Alpes : donc encore moins de chance de le voir, comme pour le dernier Bergman, En présence d’un clown, sorti en salles il y a un an. Je n’ai plus qu’à attendre sa sortie en DVD, en regrettant de ne pas pouvoir profiter d’une avant-première comme cela avait été le cas pour l’avant-dernier long métrage de Philippe Ramos, Capitaine Achab, présenté par le réalisateur lui-même au CNP Terreaux de Lyon en 2008. Les temps changent, nous menant plus vers le bas.

> Lire cet autre article : Philippe Ramos : après Capitaine Achab, il signe son retour avec Jeanne Captive.

Quand le cinéma français s’inquiète de nos chères têtes blondes…

L’année 2011 est certainement un cru exceptionnel en terme de filmographie consacrée aux enfants, pré-ados et adolescents. Les réalisateurs et scénaristes ont tout l’air de vouloir mettre en lumière les histoires et trauma de nos bambins français lorsqu’on observe les dernières sorties (et succès) des films sur les grands écrans de l’hexagone : La Permission de minuit, Mon père est femme de ménage, Tomboy, Le Gamin au vélo, Monsieur Papa, L’élève Ducobu, Tous les soleils, My Little Princess, Un Amour de jeunesse

On pourrait presque se demander quel symptôme se joue d’une telle coïncidence: car creuser des thématiques proches de l’enfant et de l’adolescent renvoie peut-être à un malaise généralisé de la place des parents dans la société actuelle ; toujours et encore de la question des parents divorcés et de la place de l’enfant au cœur du marasme amoureux et marital ; le parent unique confronté aux difficultés sociales et financières qui ne peut tout simplement pas élever son enfant ou qui n’assume pas son travail dans une société si stéréotypée ; l’identité de l’enfant (souvent unique) et la projection qu’exerce sur lui son père ou sa mère, etc.

Le cinéma français semble vouloir mettre à mal le symbole même de l’innocence en faisant porter à l’enfant le lourd sac-à-dos remplis de problèmes, contraintes, complexes et fantasmes de ses parents. Ce miroir de notre société éloigné des plaisirs innocents et des jeux naïfs des enfants prouve certainement une fois de plus à quel point nous ne nous reconnaissons plus dans les pré-ados et adolescents d’aujourd’hui. Le gouffre est aussi large que le terrain de rugby où s’amuse le jeune Marius alors qu’il se crée un père à défaut d’en avoir un : symbole ironique de la place des parents aujourd’hui, qui n’existent tout simplement pas (Monsieur papa) ou qui cherchent à tout prix à disparaître (Le Gamin au vélo). Intervient alors le parent de substitution dans ces deux films (Robert Pique dans le film de Kad Merad et Samantha / Cécile de France dans le film des Frères Dardenne).

L’identité de l’enfant/adolescent pose aussi problème : qui est-il /elle lorsque le corps se transforme (Tomboy), lorsqu’il est en proie à la maladie (La Permission de minuit) ou face à une mère dévorante (My Little Princess)? Dans tous les cas, c’est le regard de l’adulte qui bloque l’accès aux rêveries et à l’évasion personnelle; sa maladresse et son fonctionnement répondant aux stéréotypes et autres schémas de pensée construits (voire figés) rentrent forcément en conflit avec la mouvance de l’esprit de l’enfant, en construction. D’où l’incompréhension totale qui émane forcément à l’adolescence, mise en scène par exemple dans les films Mon père est femme de chambre et Tous les soleils.

Finalement, même si les films cités ici ne sont pas tous des chef d’œuvres (loin s’en faut), ils permettent néanmoins d’entrevoir une riche palette des relations entre les enfants, les adolescents et les adultes. Présentés sous différents registres (le drame, la comédie ou même l’humour potache – là je pense à L’élève Ducobu que je n’ai pas encore cité car il n’en vaut peut-être pas vraiment la peine, hum…), tous ces longs-métrages mettent en lumière la place déterminante de l’enfant dans notre société, une place mouvante, en transformation, qui cherche ses repères de manière plus ou moins silencieuse.