Archives du Tag: cinéma français

Un gosse insupportable, des adultes ennuyeux, comment devenir une star des yéyés, de la guillotine ou de la piraterie : les films vus en mars 2012

On oublie illico-presto

Extrêmement fort et incroyablement près (Extremely Loud and Incredibly Close) de Stephen Daldry, l’adaptation du roman éponyme de Jonathan Safran Foer publié en 2005. Oskar, un gamin surdoué, doit surmonter la disparition de son père (Tom Hanks) décédé lors de la catastrophe du 11 septembre 2001. Ayant des difficultés à communiquer avec sa mère (Sandra Bullock) et vivant perpétuellement dans le souvenir de son père avec qui il entretenait une complicité débordante, il décide de partir sur les traces du défunt après avoir trouvé une clé dans ses affaires : cette clé, se dit-il, doit certainement lui apporter une réponse comme dans un jeu de piste lui permettant de faire enfin son deuil. Ce gamin je-sais-tout-sur-tout-et-j’en-fais-trois-tonnes rencontre tout de même sur son chemin un personnage bizarre joué par l’immense Max Von Sydow (remarque, même Stallone l’a rencontré, dans Judge Dredd). Un film 100% gnian-gnian et super agaçant.

Nos plus belles vacances de Philippe Lellouche (qui ferait mieux de rester acteur au lieu de s’essayer à la réalisation). Le frère de Gilles a choisi de raconter un souvenir d’enfance, c’est mignon : en juillet 1976, sa famille juive d’Algérie arrivée en France quinze ans plus tôt passe des vacances en Bretagne (région natale de sa mère). Ils sont rapidement rejoints par deux couples d’amis au Rocher Abraham, accueillis par des paysans bretons bien évidemment sales, niais, fourbes et aigris. Le mythe du bon sauvage revisité. Des accessoires, des décors et des costumes qui font toc. Des acteurs qui s’emmerdent. Des dialogues proches de l’improvisation en manque désespéré d’inspiration.  Zé-ro.

Oui mais non…

38 témoins de Lucas Belvaux (trilogie Un couple épatant, Après la vie, Cavale, – Rapt). Dans un quartier du Havre, une jeune femme se fait tuer en pleine nuit. Quelques heures plus tard, Louise (Sophie Quinton) rentre d’un voyage professionnel en Chine et retrouve son compagnon Pierre (Yvan Attal) vivant dans ce même quartier. Leurs fenêtres donnent directement sur la scène du crime. Pierre, secret, cache longtemps à Louise qu’il n’était pas en mer cette nuit-là mais bien chez lui, qu’il a tout entendu, ces cris horribles et déchirants qui le hante désespérément. Qu’en est-il du voisinage ? 38 personnes au total qui ont déclaré à la police n’avoir ni vu ni entendu quoi que ce soit en cette atroce nuit. Alors Pierre, rongé par la culpabilité, avoue l’horrible vérité à la police et son témoignage implique forcément les 37 autres personnes renvoyées à leur propre lâcheté. Cette métaphore de la collaboration est un sujet puissant, l’utilisation du polar à la Simenon comme base est pertinente mais plusieurs éléments gênent. J’ai trouvé que la destruction du couple placée au centre de l’histoire alourdissait considérablement le film, surtout à cause de dialogues sur-écrits forçant les acteurs à théâtraliser leur jeu. Le rythme n’est pas assez soutenu et l’on en arrive à éprouver une sorte d’ennui malgré les présences habiles de Nicole Garcia (la journaliste) et Didier Sandre (le procureur). Finalement, on retient surtout la mise en situation et la magistrale reconstitution du crime, captivante.

Young Adult de Jason Reitman et Diablo Cody (Thank You for SmokingJuno, Jennifer’s Body, In the Air). Un faire-part de naissance dans sa boîte mail et Mavis Gary (Charlize Theron), auteur de chick-litt à Minneapolis, décide de retourner dans sa ville natale pour reconquérir son ex-petit-ami Buddy Slate (Patrick Wilson, Insidious) devenu papa.  Ce qui apparaît au départ comme le caprice d’une trentenaire cherchant à rattraper sa gloire perdue de reine du lycée se transforme petit à petit en révélation d’une dépression détruisant la principale protagoniste et abîmant forcément dans la partie les gens qu’elle approche : Buddy, son épouse Beth, mais aussi Matt un ancien camarade de lycée handicapé, ses propres parents qu’elle n’avait pas cherché à revoir et même son pauvre toutou dont elle ne s’occupe pas (et ça c’est moche !). Une humiliation en crescendo qui se termine en “apothéose” (du moins, selon le souhait du duo Reitman/Cody). “Du moins” car l’ensemble tombe rapidement à plat et ne parvient plus à nous intéresser. Même si Charlize Theron montre une nouvelle fois qu’en excellente actrice, elle est capable d’interpréter des rôles absolument ingrats, elle ne peut nous faire oublier l’ennui profond et le désintérêt ressenti pendant la projection.

J’ai Aimé…

Possessions d’Eric Guirado, un vrai coup de cœur pour ce film inspiré du fait divers “l’affaire Flactif” qui avait vu le couple Hotyat accusé du quintuple meurtre au Grand-Bornand en 2003. Le réalisateur du Fils de l’épicier (2007) signe là une œuvre très forte portée par des acteurs saisissants de justesse dans leur jeu donnant à voir une violence froide empreinte de vengeance sociale et de bêtise menant à l’inconscience la plus folle. Jérémie Rénier est une nouvelle fois tout à fait incroyable dans ce rôle de père de famille adulescent et revanchard doublé d’une brute écervelée alors que Julie Depardieu campe parfaitement le rôle de son épouse, femme glaçante et paumée en mal d’histoires de princesses. Au milieu, on salue aussi la performance de la petite fille jouant leur enfant perdue, une gamine au visage et expressions qui nous hante encore longtemps après. Pour plus de détails concernant ce film, je vous conseille la lecture des billets des blogs Les oreilles entre les yeux et Carmadou

Cloclo de Florent Emilio Siri : le biopic qu’on attendait depuis de nombreux mois et qui est loin de nous décevoir. Jérémie Rénier (et oui, encore lui ! ♡) se transforme en Claude François de manière absolument bluffante alors que le réalisateur relève le défi de nous tenir en haleine tout au long d’un film consacré à un personnage antipathique au possible. J’ai trouvé les acteurs très bons (mentions spéciales pour Monica Scattini, Sabrina Seyvecou et Ana Girardot qui jouent respectivement la mère, la sœur et la femme du chanteur) alors que j’ai été moins bluffée par Benoît Magimel méconnaissable en l’agent Paul Lederman ou encore Joséphine Japy (vue dans Le Moine de Dominik Moll) en France Gall. J’ai vraiment apprécié le rythme du film, bien entrecoupé de passages musicaux qui ne m’ont pas trop cassé la tête, ainsi que les décors, les costumes et la photographie, vraiment superbes. Enfin, merci à ce film de m’avoir laissé ‘Magnolia Forever’ dans la tête durant deux bonnes journées !  (A lire aussi, les très bons billets de Potz Ina – I Love Cinéma et des Oreilles entre les yeux…).

La Dame en noir (The Woman in Black) de James Watkins (Eden Lake), un film signé Hammer Film Productions, ou quand Daniel Radcliffe réussit plutôt bien sa reconversion post Harry Potter. Dans les années 1900, il est Arthur Kipps, un jeune londonien veuf et père d’un petit garçon, Joseph. Aux prises avec son patron, il doit en tant que notaire se rendre dans le petit village de Crythin Gifford pour régler la succession d’une habitante défunte anciennement propriétaire d’un manoir sur une petite presqu’île au cœur du marais. Bien évidemment, le manoir est hanté et le village, maudit : à partir du moment où Kipps aperçoit une mystérieuse femme vêtue de noir dans le jardin du manoir, chaque enfant qu’il voit meurt violemment. Pour déjouer le mauvais œil, il va prendre le parti de rendre à l’apparition ce qu’elle recherche désespérément… La Hammer retrouve ici un nouveau souffle plutôt convaincant même si la thématique reste absolument traditionnelle et le jeu de Radcliffe un peu trop monotone. L’atmosphère angoissante est parfaitement retranscrite par les effets spéciaux sobres, les décors aux détails saisissants et certaines scènes comme l’ouverture qui fait vraiment froid dans le dos, la vue sur les marais ou la chambre de l’enfant au moment de l’animation des automates. Finalement, le tout fonctionne et La Dame en noir est un vrai plaisir d’épouvante à l’ancienne.
[A lire aussi, le billet sur le blog de Filou Baz'art et à noter, cette info de dernière minute signée Potz Ina (blog I Love Cinema) : les studios Hammer ont confirmé le tournage d'une suite intitulée The Woman in Black : Angels of Death. Cliquez pour en savoir plus).]

Les Adieux à la reine de Benoît Jacquot, l’adaptation du roman de Chantal Thomas, est un film d’une facture esthétique remarquable, consacré à la vie de l’entourage de Marie-Antoinette à Versailles pendant les quelques jours qui suivent la prise de la Bastille le 14 juillet 1789 jusqu’au départ des courtisans inscrits sur la liste des têtes à faire tomber. L’histoire se concentre surtout sur la psyché de Sidonie Laborde (Léa Seydoux), la lectrice de la Reine (jouée par Diane Kruger) et les amitiés amoureuses entre femmes de la Cour dont la relation centrale entre Marie-Antoinette et la comtesse Gabrielle de Polignac (Virginie Ledoyen). Benoît Jacquot (L’École de la chair, Adolphe, Villa Amalia, Au fond des bois) met une nouvelle fois magnifiquement en lumière les femmes de son film, leur peau, leurs regards tendres, amoureux ou jaloux, leurs tenues d’apparat, leurs petites fantaisies et leurs moues boudeuses alors qu’il applique sur le reste des teintes clair-obscur sur les scènes d’intérieur de château éclairées à la bougie. Un jeu “d’ombres et de lumières” fascinant et intelligent au moment où des privilégiés autrefois si brillants disparaissent sous la guillotine des ‘Lumières’. L’ensemble m’est apparu comme une œuvre picturale magnifique douée d’un suspens ténu et mise en valeur par la bande originale très réussie de Bruno Coulais. (A lire sur le même sujet, le bel article (plus mitigé) de Luzycalor et celui des Carmadou, bien documenté).

Les Pirates ! Bons à rien et mauvais en tout de Peter Lord. On se souvient des réussites que furent les films Wallace et Gromit et Chicken Run (en 2000) et c’est avec un grand plaisir qu’on retrouve cette année de nouveaux petits personnages déjantés réalisés en pâte à modeler (ou plus exactement en “pastiline”) et filmés selon la technique du stop motion avec des effets spéciaux comme la mer réalisés en numérique. Peter Lord a lui aussi décidé de surfer sur la vague des Pirates et il nous invite à suivre sa bande de marins d’eau douce dans une aventure survitaminée dont les personnages principaux sont le Capitaine Pirate (doublé par Hugh Grant en VO et Édouard Baer en VF) qui souhaite devenir le Pirate de l’année, son perroquet à gros os qui est en fait le dernier spécimen vivant de Dodo, le fourbe scientifique Charles Darwin et son amoureuse secrète, l’horrible et méchante Reine Victoria. L’humour et le nonsense anglais sont au rendez-vous dans ce film d’animation digne héritier de l’esprit des Monty Python, au rythme génial appuyé par une très bonne bande originale so british !

La Délicatesse, David et Stéphane Foenkinos, 2011

La Délicatesse des frères Foenkinos est un joli petit film sentimental, adapté du roman de l’un des deux frères nouvellement réalisateur, David Foenkinos (Folio 2009). Si vous êtes fleur bleue et que vous aimez les contes de fées, ce film vous plaira sûrement : aux autres, je leur dirais peut-être de passer leur chemin car le film, malgré son titre, comporte des maladresses et certaines visions caricaturales que l’on retrouve malheureusement un peu trop souvent dans les comédies ou drames romantiques français contemporains.

La Délicatesse c’est avant tout l’histoire du drame amoureux de Nathalie (Audrey Tautou), qui ne parvient pas à se reconstruire après le décès de feu son jeune mari François (Pio Marmai). Nathalie s’enferme plusieurs années dans son deuil et se raccroche principalement à son travail (un poste à hautes responsabilités dans une entreprise suédoise). Son patron Charles Delamain (Bruno Todeschini) en est très amoureux, mais Nathalie jette un jour son dévolu de manière totalement inconsciente sur l’un de ses collègues, Markus (François Damiens), un suédois qui, il faut bien le dire, n’a pas grand chose pour lui si ce n’est de l’humour, de l’originalité et surtout, beaucoup de Délicatesse…

Le film repose ainsi sur un scénario léger qui doit justement, pour trouver un peu plus de consistance, faire la part belle aux personnages secondaires (famille, amis, collègues) et révéler quelques originalités pour ne pas perdre le spectateur. Les frères Foenkinos se plaisent alors à créer plusieurs scènes oniriques comiques ou burlesques et des tableaux dans lesquels le temps semble plus au moins suspendu. Au-delà de quelques gaucheries et lourdeurs, le plus plaisant dans cette histoire est certainement le traitement de l’étrangeté amoureuse qui fonctionne assez bien au travers du couple sensible Tautou-Damiens.

Le tout est enfin bien porté (et consolidé) par la superbe bande originale du film composée par Emilie Simon (qui fait plusieurs apparitions dans le film), disponible depuis décembre 2011 sous le titre Franky Knight : une musique composée en parallèle de la réalisation du film, très significative puisque empreinte des mêmes questionnements liés au deuil, à la recherche de l’être perdu et à la reconstruction de soi (après le drame personnel vécu par l’artiste il y a quelques années, au moment de la sortie de son avant-dernier album The Big Machine, 2009).

Maurice Tourneur : rétrospective période française – les années 30 à l’Institut Lumière de Lyon

L’Institut Lumière de Lyon présente du jeudi 19 janvier au jeudi 2 février 2012 cinq films de la période française (années 30) du réalisateur franco-américain Maurice Tourneur (1873-1961) en copies restaurées par Pathé (producteur et distributeur d’origine de ces films). Moins connu que son fils Jacques Tourneur (1904-1977) (Cat people / La Féline, Vaudou, L’Homme léopard, Rendez-vous avec la peur), il est l’auteur d’une filmographie importante de films muets en France, aux Etats-Unis et en Allemagne (de 1913 à 1927) et de films parlants en France dont le célèbre La Main du Diable avec Pierre Fresnay (1942).

Voici la programmation de l’Institut Lumière :

Accusée, levez-vous ! (1930), montage Jacques Tourneur
Au Nom de la loi (1932), montage Jacques Tourneur
Les Gaîtés de l’escadron (1932), avec Raimu, Jean Gabin, Fernandel
d’après la pièce et le roman de Georges Courteline - montage Jacques Tourneur
Obsession (1933), montage Jacques Tourneur
Justin de Marseille (1934), scénario et dial. Carlo Rim, montage J. Tourneur

>Voir le programme et les horaires sur le site de l’Institut Lumière