Edvard Munch – Les couleurs de la névrose, biographie par Atle Naess
Je viens de terminer la biographie d’Edvard Munch intitulée Les couleurs de la névrose, rédigée par l’écrivain norvégien Atle Naess et parue en France le 20 septembre 2011 à l’occasion de l’impressionnante exposition donnée au Centre Pompidou "Edvard Munch, l’oeil moderne" (du 21 septembre 2011 au 9 janvier 2012). Le romancier et essayiste norvégien connu dans le monde littéraire pour sa biographie de Galilée (indisponible à ce jour en France) retrace en 480 pages la vie du plus grand peintre norvégien, Edvard Munch (1863-1944).
Le récit s’étale bien évidemment depuis la naissance de Munch en 1863 (p18: "Le 12 décembre 1863 naquit le deuxième enfant du couple Munch, un garçon. Le nouveau-né parut si frêle et faible qu’on fit venir aussitôt un pasteur pour qu’il baptise l’enfant à la maison (…) l’enfant reçut le nom de son grand-père paternel décédé, le pasteur Edvard Munch" à sa mort en 1944 (p446 : "Le jour suivant, le 23 janvier 1944, Munch n’arriva pas à se lever. A l’arrivée de la gouvernante, Liv Berg, il lui demanda de le laver soigneusement. Puis Munch la pria de le remonter plus haut dans son lit, puisqu’il ne pouvait plus le faire lui-même. Mon corps est lourd. (…) Peu avant dix-huit heures, il s’endormit définitivement. La gouvernante appela immédiatement Schreiner qui ne put que constater le décès d’Edvard Munch un mois et onze jours après son quatre-vingtième anniversaire".
Ce qui étonne donc dans cette biographie, c’est cette force absolue qui a nourri tout au long de sa vie un être maladif, chétif, à la nervosité exacerbée, souffrant d’hyperesthésie comme son compagnon de boisson du Schwarzen Ferkel tout aussi connu, le suédois August Strindberg. Une faiblesse qui se transforme paradoxalement au fil de la vie en une puissance qui en fait l’un des êtres les plus forts, artistiquement inébranlable à travers les âges, jusqu’à atteindre une longévité quasi incompréhensible.
On imagine un "jeu sanguin" hors-norme au cœur de l’être Munch, où la formule nietzschéenne "Ce qui ne tue pas rend plus fort" (Ecce Homo) trouve son incarnation. C’est cette complexité physique et mentale que nous donne à "voir" Atle Naess dans sa biographie de Munch : ultra documentée, précise comme l’est le peintre nerveux qui n’hésite pas à gratter sa toile jusqu’à vouloir l’écorcher vive ; saisissante visuellement par ses descriptions vivantes des œuvres de l’artiste (qui, curieusement, ne nécessitent pas d’illustrations comme supports à la lecture).
"L’œil moderne" célébré lors de l’exposition au Centre Pompidou est ici aussi celui du biographe, omniscient au sein de la psyché troublante de Munch et de ses proches – amis et ennemis. Cette biographie est un nouvel accès précieux à la compréhension de l’esthétique de Munch et d’un âge artistique européen grandiose dont les trésors vibrent toujours autant aujourd’hui.





