Archives de la Catégorie Découvertes

Amenez-la au Duke, il accueille bien les duchesses !

Le plus iconique des cinémas d’Angleterre va d’ici la fin de l’année ouvrir de nouvelles salles au cœur des North Laines de Brighton…

Si vous ne connaissez pas encore le prestigieux cinéma the «Duke of Yorks Picture», offrez-vous des vacances intelligentes avec ESL séjours linguistiques et découvrez la magie culturelle de Brighton. Haut lieu de Culture du pays, c’est la plus vieille maison de l’art du cinéma encore en activité en Angleterre (mais il dispose aussi d’un bar et d’une salle de concert). Ouvert à Brighton en 1910, il a plus d’un siècle d’Histoire à son actif et a largement gardé toute son anthenticité d’antan, malgré quelques péripéties, conséquences fatales aux nombreux changements de propriétaires. Au début des années 1990 par exemple, il était en état de délabrement et a été accusé d’accueillir des concerts illégaux de musique Punk rock, ce qui par ailleurs n’enlève rien à son caractère ! Le Duke est un «bad boy»… Néanmoins, grâce à la récolte de dons généreux et à l’investissement de plusieurs compagnies, il a pu retrouver toute sa gloire originelle. Cette année, il a d’ailleurs été élu meilleur cinéma anglais.

«Le Duc», c’est environ 300 à 500 films indépendants par an, populaires et internationaux, en version originale sous titrée (ESL propose des cours d’allemand à Berlin si d’autres horizons vous intéressent), films que l’on a parfois du mal à voir dans les grandes chaînes de cinéma, décidément plus commerciales qu’éclectiques. Quelle joie de re-savourer ses films cultes préférés sur grand écran en projection de nuit, une bière à la main, car oui la consommation d’alcool y est légalement autorisée ! En effet, le chaleureux et atypique balcon-bar offre une large gamme de bières locales et de grands vins à la carte. L’équipe sert aussi de très bons thés et cafés organiques ainsi qu’une gamme de douze délicieux gâteaux faits maison. Les grandes premières de films sont costumées et y sont également organisées des soirées films /concerts vraiment fun. Ce mois-ci, Stella Artois sponsorisait la rediffusion du mythique Pulp Fiction en faisant gagner des places avec jetons boissons et popcorn à l’appui.

Durant l’été prochain, le Duke of York prendra part aux événements artistiques de la maison d’arts du spectacle «The Komedia» située dans la rue Gardner, sous le nom de «Duke’s at the Komedia».
3 nouveaux grands écrans seront intégrés dans des salles pouvant respectivement accueillir 149, 110 et 32 personnes (aaah la magie d’une salle cosy et privée…). Ce qui promet de placer la ville de Brighton au sommet du 7ème art dans toute la région… et au delà ! The Komedia est déjà un lieu très apprécié des brightoniens, offrant cabarets, concerts alternatifs, comédies, théâtre pour enfants et festivals.
De ce magnifique projet naîtra une reproduction modelée de la fameuse paire de jambes déjà présente au sommet du Duke qui emjambera également la façade de la Komedia grâce à l’artiste local Jamie McCartney, déjà célèbre pour son «Wall of vaginas».

Dans ce cinéma réputé pour son originalité, son confort et son personnel amical, une soirée au Duke est une expérience unique en son genre, qui vous invite à goûter l’atmosphère d’un cinéma d’une autre époque. Une véritable machine à remonter le temps…

Article publié en partenariat avec Laura d’Upstream connections
qui nous a fait découvrir cette curiosité de Brighton – je la remercie ! ^^

Un jour, j’achetai une momie… Emile Guimet et l’Egypte antique, au Musée des Beaux-Arts de Lyon

Parallèlement à l’exposition consacrée aux Années Expressives du peintre lyonnais Jean Martin (1911-1996), le Musée des Beaux-Arts de Lyon propose sa nouvelle exposition temporaire au titre original “Un jour, j’achetai une momie…”, consacrée à l’une des grandes passions d’Émile Guimet (1836-1918), l’Égypte antique. Justement, de Guimet nous connaissons surtout son musée des Arts Asiatiques à Paris (place Iéna). Pour cette exposition tant attendue, Geneviève Galliano, conservateur en chef du département des antiquités du musée, a souhaité dévoiler une facette moins connue de l’industriel lyonnais, grand collectionneur d’objets d’art à partir des années 1860 lorsqu’il choisit une destination à la mode : l’Égypte. Cette période signe alors le début de sa passion pour l’égyptologie, l’archéologie, la philosophie et l’étude des religions orientales par le biais de lectures : Champollion, Chabas, de Rougé. A la fin des années 70, il choisit de faire le tour du monde, accompagné du peintre Félix Régamey (1844-1907). Émile Guimet continue d’acheter de nombreuses œuvres d’art oriental jusqu’à l’ouverture de son premier musée à Lyon en 1879, puis de son fameux musée à Paris en 1888. Aujourd’hui, les œuvres du musée de Lyon (fermé en 2007) sont en cours de transfert au futur musée des Confluences à Lyon qui ouvrira ses portes en février 2014.

L’exposition “Un jour, j’achetai une momie…” réunit principalement des pièces égyptiennes acquises par Émile Guimet : stèles, amulettes et figurines funéraires, statues, papyrus, sarcophages et momies… Plus de 350 objets dont ceux découverts dans la nécropole d’Antinoé (dont il finance les fouilles), qui proviennent de musées prêteurs comme le Musée du Louvre, le Musée Guimet des arts asiatiques, la BNF, le musée d’Orsay et les musées lyonnais (Confluences, Musée des Tissus, Musée Gallo-romain, Institut Lumière, etc.). Le visiteur peut aussi découvrir des objets ayant appartenu personnellement à Émile Guimet comme son bureau, ses ouvrages de référence, des lettres et de nombreuses photographies. Malheureusement, j’ai trouvé cette exposition trop linéaire, peu surprenante et assez triste dans son organisation et la mise en valeur des œuvres d’art exposées. L’ensemble paraît peu captivant et l’on s’attache finalement assez peu à la figure de l’homme visionnaire et habité que fut Émile Guimet

Sources : site officiel du Musée des Beaux-Arts de Lyon

Mademoiselle Julie d’August Strindberg, mise en scène C. Schiaretti au TNP de Villeurbanne

Le Théâtre National Populaire de Villeurbanne se pose en digne successeur du Théâtre de La Colline en proposant ce mois de mars 2012 la pièce de théâtre Mademoiselle Julie (1888) du dramaturge suédois August Strindberg (1849-1912), mise en scène par Christian Schiaretti, directeur du TNP Villeurbanne depuis 2002 où il a déjà présenté Père du même auteur. Selon la traduction du norvégien Terje Sinding, la pièce trouve son pendant dans la deuxième partie du diptyque créé par Schiaretti depuis 2011 : Mademoiselle Julie/Créanciers. Dotée d’une distribution de très haute qualité, Mademoiselle Julie de Strindberg trouve dans la mise en scène de Schiaretti le souffle puissant des forces noires qui la constituent.

La nuit de la Saint-Jean, Mademoiselle Julie (Clémentine Verdier) est seule maîtresse du domaine de son père Le Comte. Autour d’elle cette nuit-là, il y a un couple, constitué de la cuisinière Kristin (Clara Simpson) et du valet Jean (Wladimir Yordanoff). Mais entre Jean et Julie, il y a la force mystique des esprits sensuels de la nuit de la Saint-Jean qui s’éveillent alors qu’une lutte des classes et des sexes s’impose entre l’aristocrate déchue et le domestique arriviste. Un jeu dangereux se met en place, empli de pulsions et du feu vivant de la haine unissant Jean et Julie. Avec pour seul témoin la sombre et dévote Kristin. Passe cette nuit d’alcools accélérant provocations, débauches, rêves et désirs contradictoires, jusqu’à ce qu’au petit matin, il ne reste plus rien de toute cette folie ou seulement l’horrible fatigue donnant naissance à l’angoisse, avant le chaos et l’implosion du moi de chaque personnage.

Création dionysiaque & théâtre de la cruauté

“L’ancien paganisme enfanta des dieux abominables, qu’on eût punis ici-bas comme des scélérats et qui n’offraient pour tableau du bonheur suprême que des forfaits à commettre et des passions à contenter.”
Jean-Jacques Rousseau, Emile ou De l’Education (1762).

Pour imposer la victoire des forces noires si chères à Strindberg et représenter la scène du “viol” de Julie par Jean au milieu de la pièce, Christian Schiaretti a choisi de mettre en scène une vision terrifiante qui peut trouver son origine au cœur d’une création de type dionysiaque, en donnant à voir l’arrivée lente et bruyante des puissances gréco-romaines Pan et Bacchus. Dionysiaque si l’on ose imaginer August Strindberg écrire Mademoiselle Julie en s’inspirant du concept dramaturgique nietzschéen présenté dans La Naissance de la tragédie (1872). Un parti-pris résolument intelligent qui prouve sa haute compréhension de l’œuvre de Strindberg (voire même celle d’un autre grand auteur scandinave, Knut Hamsun, et de son roman Pan (1894) ?). Pan apparaît alors par transparence, puissance rouge diabolique symbolisant la fécondité de la nature sauvage en cette nuit de la Saint-Jean (nuit la plus courte de l’année, solstice d’été qui favorise le déploiement des pulsions). Figure mythologique mi-homme mi-bouc à la forte connotation sexuelle, dotée de cornes et de pieds fourchus, Pan peut représenter l’appétit sexuel de Jean et devenir le symbole d’un paganisme immoral et pervers alors que son apparition a pour but de créer une peur “pan-ique” dans l’esprit du spectateur (le tremblement souhaité par Antonin Artaud dans Le théâtre et son double, 1938). Le second personnage qui fait son entrée au cœur de cette métaphore de l’acte sexuel est un petit Bacchus (ou Dionysos, joué par Antoine Besson) qui aurait prêté son instrument favori – le tambourin – au fameux Pan (qui délaisse ainsi sa flûte). Ce petit Bacchus investit directement l’espace scénique prodigieusement pensé alors que Pan reste lui en retrait. Le rapport avec l’alcool et le vin (boisson préférée de Jean) est évident pour ce dieu de l’inspiration débridée et de l’ivresse qui emporte les hommes et les femmes la nuit de la Saint-Jean. Bien évidemment, la place de Bacchus-Dionysos dieu du théâtre est d’autant plus indispensable ici qu’elle évoque la puissance créatrice du dramaturge suédois. Son apparition recouvre ici l’élément perturbateur lorsque la pièce devient tragédie (ou “tragos” = “chant du bouc”). C. Schiaretti nous donne à voir un Bacchus enfant romain, à la figure maligne. Mais si son corps est petit, sa tête masquée (persona) est enflée et révèle l’hybris de Jean, sa démesure et son pêché d’orgueil. Elle peut aussi soulever la question de l’insolence (vis-à-vis de sa maîtresse Mademoiselle Julie) et son emportement qui sont justement des conséquences de l’orgueil (dans une notion judéo-chrétienne et augustinienne). Ce “Jean – petit Bacchus” à la tête enflée présente enfin un phallus disproportionné, donnant enfin un énième sens à l’hybris, sens à rapprocher des “violences” et des “sévices” (la violence faite à la femme et la question du viol). Cette figure rappelle alors le pouvoir maléfique des comédiens dans le film Le Rite d’Ingmar Bergman, 1968). Une complicité avec le spectateur est imposée lorsque ce personnage demande le silence à la salle en se retournant avant de faire “chut”. Silence sur ce qui doit être inavouable. Avant que les personnages eux-mêmes deviennent silencieux ne sachant plus que dire (Jean), avant que Julie choisisse un moyen de se taire pour toujours, sous les forces d’Eros et Thanatos.

Comme on le sait, lorsqu’au théâtre les symboles éclatent, ce sont les humeurs/passions qui se déversent et se déchaînent. Le théâtre de Strindberg est un véritable “théâtre de la cruauté”, mettant en scène la perversion morale et la fragilité du moi, les exigences des pulsions dans leur rapport à l’interdit mais aussi face à l’absolu narcissique du désir et l’angoisse de la mort. C’est à ce moment-là que la sensibilité du spectateur est mise à l’épreuve, un besoin bien compris par le metteur en scène Christian Schiaretti.

Déchéance des illusions & perdition du moi

L’héroïne Strindbergienne n’a plus qu’une seule possibilité : exécuter sa propre destruction, jugée obligatoire, dans l’anéantissement d’une part fondamentale d’elle-même et d’un sacrifice. A travers Julie s’entrevoit une conscience désespérée de l’être humain, confronté à des aspirations contraires qui s’autodétruisent. Comme la Penthésilée de Kleist, l’être de l’héroïne éclate par la mort, comme un aboutissement à une tension et une désintégration progressive. Dans une perspective “romantique”, l’inadéquation au réel et la perte de ses chères illusions provoquent son suicide : elle se tue comme Jean a tué son serin, dans l’arrêt vibrant et total du “tragos” ou “chant du bouc”.

> Site officiel du TNP de Villeurbanne (69)