Disparition d’Erland Josephson (1923-2012) : ce qu’en disait Ingmar Bergman…
Acteur fétiche et grand ami d’Ingmar Bergman, Erland Josephson s’est éteint hier, 25 février 2012, à l’âge de 88 ans. Tous les amoureux du cinéma du grand réalisateur suédois pleurent aujourd’hui la disparition de cette figure bergmanienne par excellence : une relation cinématographique unique qui remonte en 1946 avec un premier film, Il pleut sur notre amour, point de départ d’une quinzaine d’autres films réunissant les deux amis : Au seuil de la vie (1958), L’heure du loup (1968), Une passion (1969), Cris et chuchotements (1972), Scènes de la vie conjugale (1973), Face-à-face (1976), Sonate d’automne (1978), Fanny et Alexandre (1982), Après la répétition (1984), En présence d’un clown (1997), Saraband (2003) (ajoutons Infidèle de Liv Ullmann d’après le scénario de Bergman en 2000). Erland Josephson ne fut pas l’acteur d’un seul réalisateur puisqu’on le retrouve aussi dans le cinéma de Gustav Molander, Tarkovski (célébré de nombreuses fois par Bergman lui-même), Peter Greenaway, ou encore en 1995 dans le film Le Regard d’Ulysse du réalisateur grec Theo Angelopoulos (disparu tout récemment, le 24 janvier 2012).
J’ai voulu retrouver dans les ouvrages d’Ingmar Bergman des citations mettant à jour cette relation si particulière entre ces deux hommes – icônes du cinéma et du théâtre suédois. Il y en a finalement peu, mais elles respirent cependant une sincérité profonde :
"Erland Josephson est l’un de mes plus vieux amis. Quand on a fait Maison de poupée récemment, on s’est dit : "Maintenant, ça fait cinquante ans qu’on travaille ensemble". Notre premier spectacle c’était Le Marchand de Venise en 1939. Je l’ai monté dans son école, il était en dernière année, il avait joué Antonio (…)".
Second entretien, 15 mars 90, Conversation avec Bergman, Cahiers du cinéma, Paris, 1990. Page 34, à propos d’Après la répétition.
"Sans Lena Olin et Erland Josephson, je n’aurais jamais écrit Après la répétition, ce sont eux qui m’ont donné l’envie, qui m’ont inspiré cette tentation".
Images (Bilder), Gallimard, Paris, 1992. Page 301.
"Le surmenage d’Erland Josephson est venu s’ajouter à ça (difficultés d’Ingrid Thulin). Pour la première fois de toute notre longue collaboration, il a été frappé par ce que les allemands appellent "Textangst" – l’angoisse du texte. Le dernier jour qui était le plus important, nous n’avons connu que courts-circuits et black-out. On s’en est sorti, mais tout juste."
Images (Bilder), Gallimard, Paris, 1992. Page 216. A propos des difficultés rencontrées sur le tournage d’Après la répétition en 1984.
"Mon ami Erland Josephson m’a dit un jour qu’il fallait faire très attention à ne pas apprendre à connaître les gens, car on risque de se mettre à les aimer".





