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Tant va la potiche à l’eau qu’à la fin elle vous dépasse

Je vous entends déjà : “Ah ! Enfin un film récent et pas l’une de ses vieilles chroniques cinématographiques des temps passés !”. Et oui, je peux aussi être un chat du XXIe siècle, ça m’arrive parfois…

Que dire du film Potiche de François Ozon, sorti le 10 novembre dernier ? Je n’ai pas vu beaucoup de films du réalisateur, mais, en deux mots, j’ai trouvé ce film mignon et amusant. On pense surtout à 8 femmes par le côté théâtral et chantant.

L’histoire se passe en 1977 à Sainte-Gudule, une petite commune française. Suzanne Pujol (Catherine Deneuve) est l’épouse bourgeoise et potiche du PDG tyrannique d’une usine de parapluies, Robert Pujol (Fabrice Luchini). Au sein de leur foyer, deux enfants : Joëlle, fille à papa chipie et réac’ (Judith Godrèche) et Laurent, fils à maman artiste à la coupe cloclo (Jérémie Rénier).
Au début du film, chacun vit un peu sa vie : Mme Pujol occupe comme elle peut ses longues journées solitaires (en faisant du footing, en écrivant des poèmes sur les petits animaux et les fleurs comme dans un Walt Disney), le colérique et excité M. Pujol la trompe au travail avec son assistante Nadège (Karin Viard), la fille remet en cause son couple et prend comme anti-modèle le couple de ses parents ; quant au garçon, il fait sciences-po sans grande conviction (car ce qui l’intéresse, c’est l’art et surtout Kandinsky).
Un jour, c’est la grève à l’usine de pépins : tout ce petit monde est alors sens dessus-dessous. Une seule personne peut les aider : le communiste et syndicaliste Maurice Babin (Gérard Depardieu), ancien amant de Suzanne. Finalement, après une énième attaque cardiaque de Robert Pujol (envoyé en Grèce pour se reposer), la Potiche reprend en main l’usine. C’est un succès et tout le monde s’épanouit autour de Suzanne, jusqu’au retour de son affreux mari… Je ne vous en dis pas plus !

L’époque kitschissime est bien rendue grâce aux décors, voitures, costumes et coiffures ; les acteurs sont très bons (Deneuve est excellente dans son rôle, Luchini aussi). On retrouve bien le style Ozon théâtral et chantant, même si je trouve ces scènes toujours un peu “à côté de la plaque” mais c’est peut-être ce qui est recherché (Deneuve ridicule qui chante du Michèle Torr, danse avec Depardieu sur un titre d’Il était une fois, et termine par du Jean Ferrat). L’intrigue (oui oui, il y en a une !) est bien menée grâce aux dialogues réussis, les nombreux quiproquos et tromperies entre les différents personnages, les quelques mises en abîme (des histoires dans des histoires, ou le retour d’histoires passées comme les anciennes liaisons de Suzanne qui importent au sens du récit).
Bref, pour tout cela, Potiche est une comédie très agréable. Elle est aussi riche de clins d’oeil malins faits à la politique d’aujourd’hui et à une vision féministe du monde industriel.